Chaque déplacement dans Jérusalem est devenu un questionnement existentiel.

Dov Maïmon

DOV MAÏMON

Chaque déplacement dans Jérusalem est devenu un questionnement existentiel.
Pour la première fois, mes enfants ont peur de se déplacer et je ne cherche pas à les rassurer. Les enfants ont des intuitions qui dépassent l’entendement et le risque est réel. Il y a encore quelques temps, j’aurais résonné avec une logique sioniste et je n’aurais pas laissé de place à cette peur panique. Je me surprends à leur dire que demain je les accompagnerai à l’école et que si nécessaire je viendrai les chercher.

Presque chaque jerusalmite a frôlé ou a été frôlé par un des attentats. Habiter en Israel n’est plus une question de géographie mais d’enracinement dans le réel. Le simple fait d’être là est un acte politique. Le simple fait d’aller acheter sa baguette est devenu un acte d’affirmation d’une présence juive souveraine sur sa terre contestée. Les images qui me reviennent à esprit sont les témoignages de l’Occupation. Du temps où sortir acheter une baguette signifiait risquer de tomber sur un barrage de déculottage.

Et pour rajouter à ce décor mental dérangé, il y a l’idée que l’écart social puisse se traduire par une injustice devant le risque terroriste. L’idée que ce sont les vieux, les écoliers, les ultraorthodoxes et tous ceux qui ne circulent pas en voiture qui sont les plus exposés et les plus nombreux à se faire poignarder me révulse. Je suis traversé comme beaucoup d’israéliens par un sentiment premier de loi du talion et par un sentiment second de réponse mesurée.

Après l’attentat au Tati de la rue de Rennes, Libération avait titré « TENIR ». Il s’agissait alors de ne pas succomber à la panique et de ne pas lâcher prise. Tout comme un héroïnomane qui commence à décrocher et dont la mission consiste pour l’instant uniquement de tenir encore une heure, puis un jour et une semaine sans retomber dans la spirale de la dépendance.

Sur le résultat sur le long terme de cette guerre totale entre deux tribus sémitiques, je n’ai aucune inquiétude. Les actes d’héroïsme au quotidien de personnes à mains nues qui se jettent sur les terroristes pour protéger des gens qu’ils ne connaissent ni d’Eve ni d’Adam témoignent du lieu où se rassemblent les forces de vie qui vaincront les déferlements de haine obsessionnelle et de célébration de la mort.

Dov Maïmon

Dov Maïmon

35 ans en Israël, j'en ai vu des vertes et des pas mûres sur la société Israélienne. Après des années de galères, je me suis recyclé dans le politiquement correct et me suis positionné dans Une posture de celui qui sait tout mais ne dira rien.
Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, on vous met ci-dessous sa bio de couverture.
Pour comprendre combien je n'ai pas totalement perdu mon coté Rock'n'roll, allez faire un tour sur le site du JPPI et découvrez le nouveau plan pour l'aliyah des Juifs de France présenté à Bibi Netanyahu. Comme on dit, ça déménage.
Directeur de recherche au Jewish People Policy Institute (Jérusalem), je suis notamment l’auteur d’une étude portant sur « le judaïsme européen en 2030 », où s’esquissent divers scénarios possibles pour le devenir communautaire.
Ingénieur formé au Technion (Haïfa), diplômé de l’Inséad (Fontainebleau) en management, professeur aux Universités de Ben Gourion (Beer-Shéva) et du Mont Scopus (Jérusalem), je travaille sur les rapports entre histoire, religions et politique.
Je suis membre de la commission interministérielle israélienne sur l'intégration professionnelle des juifs ultraorthodoxes et est notamment l'auteur du plan gouvernemental "la France d'abord" pour faciliter l'intégration des nouveaux immigrants de France en Israël.
Dov Maïmon

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