Combien de fois devrons-nous vous céder Jérusalem?

Bienvenue en Israël! 

Venez découvrir l’histoire et les petites anecdotes cachées derrière les noms de ces petites rues de notre cher et tendre pays. Une plongée dans ces mystères qui gravitent autour de ces lieux inconnus, dans ces histoires d’amour et de guerre à l’origine de décisions qui ont changé à jamais le visage d’Israël.

Que l’on soit Juif, Chrétien ou Musulman, laïc ou religieux, notre capitale ne laisse personne indifférent.  On l’aime ou on la déteste… Mais Jérusalem (Jéru, pour les intimes) fait partie de notre passé, de notre identité… de nous. Commençons donc cette chronique par une vielle anecdote- une petite histoire qui s’est déroulée dans notre capitale, bien avant la création de l’État juif.

 9 décembre 1917, un matin d’hiver.
Deux soldats, cuisiniers dans la 60e division de l’armée britannique marchaient aux alentours de Jérusalem, à la recherche d’un village Arabe.
« Où va-t-on trouver des œufs et des légumes?!!« , se plaint l’un d’eux. Ce à quoi son camarade répliqua: « Ah! La gourmandise du Capitaine!! Pendant que lui et les autres commandants restent bien au chaud dans le camp, nous devons escalader les montagnes pour trouver des œufs et quelques herbes! ».

Le vent soufflait violemment. Les deux hommes s’enveloppèrent alors dans leurs manteaux, se protégeant contre ce froid glacial si familier des hiérosolymitains.
Quelques jours auparavant, la 60e division s’installait près de Jérusalem. Il fut décidé de monter un camp près de la capitale, afin de permettre aux soldats de se reposer et de planifier soigneusement la bataille pour conquérir la ville sainte.
La responsabilité reposait sur ​​les épaules de cette même division. Depuis plusieurs mois, l’armée britannique tentait de conquérir le pays, sans succès. L’embarras était si grand que l’officier général pour la Palestine, le général Murray, fut remplacé par son homologue, le fameux général Allenby. Sous son commandement, les forces britanniques réussirent à conquérir le sud du pays et Jaffa. Le mot d’ordre était de ne surtout pas se laisser battre et perdre la bataille de Jérusalem.

« Je crains que nous soyons perdus « , déclara l’un des soldats alors qu’il tentait de grimper la colline, à bout de force. « Je n’ai repéré aucun village depuis plus d’une heure « .
« J’espère vraiment que nous ne nous  sommes pas accidentellement approchés de Jérusalem. Qui sait ce que les Turcs nous ont préparé comme surprise… », répondit paniqué son camarade.
Ils s’assirent sous un pistachier, quand soudain ils entendirent le bruit de chevaux aux pieds de la colline.
« On a été repéré, nous sommes perdus! », cria l’un d’eux. Ils se retrouvèrent alors face à plusieurs cavaliers portant des keffiehs et traitant l’homme au tarbouche à leurs cotés avec le plus grand des respects.
Nos petits cuisiniers paralysés par la peur ignoraient à ce moment précis que cet homme était en réalité le très distingué Hussein Salim al-Hussayni, le maire de Jérusalem. Ils ignoraient également que la veille, les Turcs décidèrent de céder Jérusalem aux Anglais et d’évacuer la vile sans livrer bataille.
Les hommes de la délégation turque, incapables de distinguer un officier de l’armée britannique d’un simple soldat, se prosternèrent devant les deux cuisiniers terrifiés. « Je vous soumets les clefs de la ville« , assura le traducteur au nom du maire. « Voici les soumissions écrites. Nous avons quitté Jérusalem et évacué toutes nos troupes. Vous pouvez désormais pénétrer dans la ville librement« .

Les soldats, assommés, ne comprenaient pas vraiment ce qui venait de se passer sous leurs propres yeux. « Attendez!« , cria l’un d’eux. « Il y a une terrible erreur! Nous ne sommes que de simples cuisiniers. Ce n’est pas à nous qu’il faut remettre vos soumissions! »
Mais la délégation qui ne comprenait pas – ou ne cherchait pas à comprendre- annonça aux soldats  que Jérusalem, par la présente, leur avait été cédé.
Quand les deux cuisiniers retournèrent au camp, ils racontèrent à leur commandant ce qui venait de se passer. Ce dernier écrivit immédiatement un rapport à destination du commandant de la brigade, le général Watson.
Après avoir entendu le récit des évènements, l’homme sortit de ses gonds. « Chaque général dans ce monde« , hurla-t-il,  « donnerait son bras droit pour avoir l’honneur de conquérir la ville sainte!  Et c’est ces deux idiots qui l’ont eu?!  »
Il ordonna alors au commandant et aux deux cuisiniers de se rendre immédiatement à Jérusalem et de repérer Husseini et ses comparses. Objectif: organiser une cérémonie, cette fois-ci, en sa présence.
Et c’est ainsi que sous le vent froid de la montagne, au même endroit précis, une véritable cérémonie eut lieu. Des discours ont été lus, des mains ont été serrées, et les Britanniques conquirent la ville officiellement.

Quand le major-général Shi eut vent de l’histoire, il devint fou de colère. Comment les clefs de la ville ont pu être remises à quelqu’un d’autre que lui?! Il ordonna donc une nouvelle cérémonie en sa présence.
Husseini tenta tant bien que mal de lui expliquer qu’il était prêt à rendre la ville par deux fois, mais que trois fois, c’était bien trop exagéré! Or le major-général Shi ne céda pas. C’est ainsi que sous le froid hivernal de Jérusalem, exactement au même endroit où les deux cérémonies précédentes se sont déroulées, une troisième fut organisée.

La fin de l’histoire dites-vous? Vous l’aurez bien deviné…

Quand le général Allenby apprit que Jérusalem avait été cédé par les Turcs au cours d’une cérémonie à laquelle il n’avait pas été convié,  il piqua une énorme colère. Le célèbre commandant décréta toutes les cérémonies précédentes caduques et déclara que les clés de la ville seraient remises officiellement au commandant en chef – le seul et l’unique général Allenby, lui même!
Mais cette fois-ci, un problème inattendu surgit : Husseini, hospitalisé suite à une grave pneumonie, était incapable de participer à la quatrième cérémonie. Le pauvre maire tomba malade suite aux trois cérémonies précédentes, qui se déroulèrent en plein air, sous le froid glacial de la ville montagneuse.
Curieusement, l’incident ne perturba nullement les projets du général Allenby. Le lendemain, un 11 décembre, deux jours après la première rencontre entre les cuisiniers et la délégation Turque, la cérémonie eut lieu en l’absence du maire Husseini.
Une grande parade composée de milliers de soldats britanniques défila sur la route de Jaffa, en direction de la Vieille Ville. La cérémonie de la remise des clefs se tint à l’intérieur de la porte de Jaffa et le drapeau d’Angleterre fut hissé sur la tour de David.

Nos soldats de la 60e division n’ont jamais oublié les premières cérémonies. Aujourd’hui  encore, vous pouvez retrouver derrière la station de bus centrale de Jérusalem, une petite- mais jolie – place nommée « Place Allenby  » , à l’endroit même où Jérusalem fut cédée aux britanniques.
A trois reprises…

Stephanie

Stephanie

Israélienne de naissance, Tel Avivienne de caractère, Hiérosolymitaine dans l'âme et Française à mes heures perdues. Psychothérapeute de profession, je suis névrotique et psychotique par passion. Fière de ma double identité Israelo-Française, paradoxes et contradictions seront de rigueur, vous voila prévenus..
Stephanie

Laisser un commentaire