La France m’a tuer

Yoram

YORAM SALAMON

Le 15 novembre dernier, l’auteur présumé de l’attentat de la rue Copernic, Hassan Diab, ancien membre du Front Populaire de Libération de la Palestine a été mis en examen pour assassinats.

Pour mémoire, Le 3 octobre 1980 une bombe visait la synagogue libérale explosait, faisant 4 morts et 46 blessés .
34 ans plus tard la justice française, après une procédure d’extradition laborieuse, va enfin pouvoir juger celui qui jusque là, et en toute impunité,  menait une vie paisible à Ottawa, rythmée entre sa passion pour la cuisine et ses enseignements universitaires en sociologie .

34 ans c’est le temps qu’il aura fallu pour que toute une communauté puisse éventuellement réclamer justice.
34 ans c’est le temps qu’il aura fallu pour que cette même communauté puisse enfin peut-être oublier le comportement sans précédent du gouvernement français de l’époque qui par les mots de son premier ministre Raymond Barre, avait été meurtrie par deux fois : » Cet attentat odieux voulait frapper les israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des français innocents qui traversaient la rue Copernic « .


Aujourd’hui le jugement de Diab va croiser le vote prochain (le 28 novembre) par l’Assemblée Nationale portant sur la reconnaissance d’un état Palestinien .

34 ans plus tard on va juger un homme pour les actes qu’il a commis en visant des français d’origine juive, au nom de l’indépendance de la Palestine .

34 ans plus tard, au moment où Israël est a feu et à sang , où arabes et juifs se déchirent, et où l’antisémitisme en France suit la même courbe que cette explosion située à quelques milliers de kilomètres de son territoire , le sort des palestiniens va être soumis au vote des représentants des français.
Ce même vote aura lieu dans un contexte où la question de la violence de la revendication indépendantiste, bien loin d’être réglée est même approuvée et encouragée par une partie des porteurs du pouvoir palestinien – le Hamas a salué l’attentat .  Martine Gozlan dans Marianne dernièrement s’interrogeait :  » Tous ceux qui aspirent à voir deux Etats vivre en paix cote à cote sont forcés de s’interroger aujourd’hui sur le caractère de la Palestine rêvée par les députés français ou par la représentante suédoise de l’Union européenne. De quelle Palestine s’agit-il? De celle du Hamas qui distribue des bonbons pour fêter le sang juif ou de celle de Mahmoud Abbas qui se voit contraint d’en dénoncer la barbarie… ».

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En France bien que plusieurs voix politiques et médiatiques ce soient élevées ici et là pour d’ores et déjà déclarer qu’elles ne participeront pas à ce vote, on le sait, la tentation française du déni est là…juste là…devant nous…Dernièrement dans certains médias, comme si on avait voulu déjà nous préparer le terrain, on a présenté la réalité de l’attentat de Jérusalem, comme une tentative désespérée de bons pères de famille ayant donné leur vie au nom d’une grande cause .

En France, on se prépare à fermer les yeux et à légitimer l’illégitime .


Cette attitude de la France a de réelles conséquences sur la communauté juive française. Elle donne raison à ceux qui considèrent que le combat pour l’indépendance de la Palestine doit aussi prendre racine sur le territoire français . Cet été la preuve était là sous nos yeux. Les juifs de France ont été insultés, menacés, attaqués, blessés parce qu’ils étaient juifs, et donc indissociablement liés à la politique israélienne, et logiquement à la situation à Gaza. Qu’on le veuille ou non, la question du sort de la Palestine n’est plus ancrée
aujourd’hui uniquement sur la sécurité d’Israël, mais aussi celle des juifs de France.
Et pourtant, la France coule dans notre sang, celui de nos parents , et de nos grands-parents… mais est ce que l’inverse est vrai en 2014 ? Coulons nous dans ses veines comme n’importe quel citoyen ? Combien de temps encore devrons nous lutter pour que que nous ne portions pas comme un fardeau notre sort de « juif apatride » ? Combien de temps encore devrons nous vivre comme des résidents temporaires dans notre pays ?

Si la France a la prétention de considérer selon son principe constitutionnel que tous les citoyens sont égaux alors qu’elle commence à considérer que ses citoyens « israélites » sont des citoyens comme les autres. Je ne veux plus en tant que français me sentir comme un expatrié en France. Je ne veux plus avoir à cacher ou m’excuser de mes convictions ou de qui je suis .

Je te demande toi ma France natale, de t’inquiéter, t’insurger, te rebeller comme il y a 34 ans,  lorsque suite à l’attentat de Copernic, plus de 200 000 personnes en majorité non juives étaient descendues dans la rue s’indigner en signe de solidarité avec leurs compatriotes.

Je te demande toi ma France, de me montrer à quel point tu tiens à moi, à quel point tu me considères comme ton fils et m’assurer que jamais personne ne puisse même penser qu’il est dans son droit lorsqu’il décide de cracher ou lever la main sur moi .

Bouge toi, scandalise toi et ne me laisse plus penser une seule seconde que tu m’as tué….

Yoram

Yoram

Hum...un jour comme ça j'ai regardé ce qui se passait sur le net, ce qu'on y disait sur Israël. Ce que j'ai vu ne m'a pas plu. Alors j'ai fait quelque chose qui m'a plu : Rootsisrael
Yoram

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