Margaux
MARGAUX

Les billets politiques sont fournis par des chroniqueurs indépendants. Les opinions, les faits et tout le contenu des médias qui y sont présentés représentent uniquement les auteurs, et à ce titre n’engagent qu’eux-mêmes.

Nous sommes en 2035. Il y a 20 ans, un gouvernement exclusivement de droite a été élu en Israël. Naftali Bennett, soutenu par un vaste socle électoral, a réussi à faire pression sur les éléments moins droitiers au gouvernement pour proposer l’annexion de la Cisjordanie à la Knesset. Le vote « pour » a dominé la chambre : Israel est maintenant étendu de la Mer Rouge au Golan et de la Mediterrannée au Jourdain. Des scènes de liesse populaire ont éclaté un peu partout dans le pays, en cette chaude journée de juin 2017 : “C’est notre Oslo à nous, c’est le retour du Mashiah qui est annoncé ! Am Israel Hai !”

Depuis l’annexion de la Judée Samarie, la population juive ne représente que 30% de la population totale. Des mouvements, similaires aux émeutes en Afrique du Sud pendant les années 1980, ou le mouvement des civil rights américain des années 1960, ont éclaté dans les territoires à majorité palestinienne, réclamant le droit de vote. Les dirigeants israéliens le refusent : ils savent qu’ils perdront leur majorité et seront, à terme, dirigés par les Palestiniens. De grands déplacements de population ont été mis en place : le 3 mars 2022, les militaires sont entrés dans Hébron et ont obligé 300 personnes à monter dans des bus, qui les ont emmené à la frontière avec la Jordanie. D’autres opérations ont été effectuées, dans le but de rééquilibrer en leur faveur les données démographiques. En tout, 50 000 personnes ont été déplacées vers la Syrie, le Liban, l’Egypte, Gaza, ou des camps à l’intérieur des frontières israéliennes, d’où ils ne peuvent sortir qu’une fois par an. Dans les campements, les mouvements islamistes trouvent un terreau adéquats pour se développer et lancent régulièrement des attaques meurtrières contre israel. Le représentant des palestiniens, Mahmoud Abbas, a été accusé de traitrise et de collaboration avec l’ennemi, et a finalement été obligé de quitter le pouvoir en 2025. Le Hamas, renforcé par cette faillite et plus que jamais dépositaire de la résistance palestinienne. Des affrontements réccurents et sanglants ont lieu aux abords des camps et villes palestiniennes. Seulement sur l’année 2028, 250 soldats et 872 palestiniens sont morts dans ces combats.

Le gouvernement américain a fait pression sur Israël pour qu’il accorde aux Palestiniens le droit de vote et qu’il cesse les opérations de déplacement, qui constituent de graves crimes de guerre selon le droit international, mais en vain. Echauffé par plusieurs décennies de désaccords politiques, les Etats-Unis ont pris une décision historique le 19 octobre 2027 : Israël ne serait plus leur partenaire privilégié au Moyen-Orient. Pour garder un pied dans la région, les Américains ont renforcé leurs liens avec la Turquie, l’Egypte et la Jordanie. Une pétition a été signée par plusieurs chefs d’Etat occidentaux : « Seulement 50% de la population en âge de voter a le droit de vote en Israel. C’est inadmissible. ». Les liens économiques ont été rompus, parfois même les liens diplomatiques. Les Israéliens opposés à l’annexion ont décidé de quitter le pays, et les mouvements d’Alyah ont nettement stoppé, accroissant encore le fossé démographique.

L’isolement d’Israël est maintenant complet, à l’intérieur comme a l’extérieur de ses frontières. De hauts murs de béton ont été élevés aux frontières contre les attaques répétées provenant des nouveaux camps de réfugiés aux frontières et des pays voisins, attaquant régulièrement le pays. Des navires de guerre sillonnent les côtes israéliennes, autrefois si belles, et l’armée empeche aux gens de s’en approcher depuis le massacre de la plage Frishman, en août 2029, où 70 personnes ont trouvé la mort après avoir été attaquées par un navire turc. Les pays voisins menacent continuellement d’entrer en guerre contre Israël.

L’isolement économique a fait perdre à Israël son bel élan créateur. Google, Apple, Intel ont décidé de quitter le pays, et n’achetent plus aucune startup israélienne. Les importations ont énormément ralenti, et les israéliens achetent essentiellement des produits locaux, à des prix exhorbitants, parce que les grands groupes contrôlent encore l’économie. Selon une étude, 1 enfant israélien sur 20 est sous alimenté. De grandes manifestations éclatent partout dans le pays contre la vie chère. En ce qui concerne l’arsenal militaire israélien, l’arrêt des aides américaines a stoppé l’achat et la création de nouveaux engins. Israel s’arme désormais sur le marché noir international mais cela ne suffit pas à ses besoins stratégiques. L’arsenal israélien sera obsolète d’ici 12 ans, selon les experts. Le service militaire a été étendu à 5 ans, et les devoirs de réservent durent entre 6 mois et un an depuis 2030. A cause de ces énormes dépenses militaires et de la crise économique, le gouvernement Israélien est exangue. Israel est ressorti des pays membres de l’OCDE l’année dernière.

Quelles ont été les erreurs essentielles d’Israël pendant ces décennies troubles ? Comment inverser cette tendance et rendre à l’Etat Juif son aura, sa liberté, son pouvoir ?

(118)