J’ai deux amours, mon Pays et Paris

Oriane

ORIANE

C’est une horreur, un massacre, une boucherie. C’est un enfer, un cauchemar. Je me réveille ce matin après une nuit à songer, à retourner cette affaire dans tous les sens, à penser à mes proches coincés dans cet hôtel du 17ème arrondissement parisien, mes parents, oncles et tantes qui se retrouvaient pour un shabbat familial, qui par je-ne-sais quel miracle ont décidé de ne pas rester à République ce soir-là. Je pense à mes amis, qui seuls dans leurs appartements ruminent, tremblent, pleurent d’effroi derrière leur téléviseurs. Je suis choquée, effrayée, glacée jusqu’aux os. Ô Douce France, de mon petit pays je te regarde et j’ai si peur. Ô Douce France, sache que je te comprends, car ce cauchemar que tu vis en ces jours sombres, c’est l’histoire de ma vie en Israël.

Cela fait bientôt plus de deux mois qu’Israël vit dans cette même terreur ; des attaques au couteau, à la voiture bélier, fusillades, tous les jours du mois d’octobre et de novembre sont des vendredi 13. Le principe est simple : frapper partout, tout le monde, à n’importe quelle heure. Semer le doute, la panique, l’effroi. Néanmoins, ce n’est pas chose nouvelle en Israël, à vrai dire cela fait plus de 60 ans que mon petit pays vit cette terreur : attentats suicides, les bus qui explosent, les cafés, les bars, les restaurants, les cinémas et les hôtels, kidnapping, tortures, égorgements, massacres à la hache, roquettes et missiles sur nos villes et j’en passe…

Pourtant, j’ai dû commencer à banaliser malgré la peur, les cauchemars, la paranoïa quotidienne, je continue à vivre. J’ai dû également apprendre à me taire, parce que si je parle de ce cauchemar en France, on choisit de m’ignorer ou de m’insulter. Parce qu’en France, pays des droits de l’homme, on m’a toujours justifié que si je prenais des roquettes sur la gueule ou je vivais dans la peur de me faire poignarder et égorger dans la rue, « c’est à cause de la colonisation ». Dans un sens, c’est donc normal, alors mieux vaut que je me taise, car ma souffrance et celle de mon peuple vaut bien la peine pour certains de mes compatriotes Français.

Alors mes amis, que direz-vous aujourd’hui pour justifier cette boucherie sanguinaire ? Quand nous perdons plus d’une centaine de nos compatriotes, quand des terroristes arrachent la vie à ces innocents qui ne demandaient qu’à vivre ? Trouverez-vous une bonne raison politique pour justifier l’assassinat d’innocents ? Pouvons-nous dire que c’est de la faute de la France, et de ces raids en Syrie ? Et même si c’est le cas, puissent-t-il justifier une telle violence ?

Il est temps de se poser les bonnes questions, de passer à l’action. Oubliez donc vos hashtags, vos marches silencieuses, et l’éclairage de vos tours en bleu-blanc-rouge. Il faut trouver la faille, et passer à l’action. Il faut exiger de notre gouvernement une réponse dure, il faut agir sur le long terme et le court terme. Il ne faut évidemment pas tomber dans le vice de répondre à la haine par la haine, ni dans la facilité de trouver une cible sur qui se défouler. Islamophobie et antisémitisme vont sûrement faire légion dans les jours à venir, alors une fois de plus, il est temps après les attentats de rester unis, mais cette fois-ci pour de vrai.

#JeSuisCharlie disaient-ils, « et après ? » clamaient d’autres. Ils avaient raison de se poser la question. Pour que nos victimes ne soient pas mortes pour rien, nous devons re-questionner notre France, la terreur ne gagnera pas nos cœurs. Compatriotes français, je vous invite à garder votre sang froid et à prendre de réelles mesures pour aller de l’avant. Lâchez donc vos ordinateurs et vos téléviseurs. Il faut briser les tabous, les préjugés, engagez-vous dans les associations qui luttent contre le racisme et la haine, lisez, apprenez sur cet autre que vous méprisez. Le seul travail intelligent de long terme que nous puissions faire c’est éduquer, prévenir, pour que nos lendemains soient meilleurs. Mais pour aujourd’hui, c’est à notre gouvernement de donner une réponse adéquate et ferme face au terrorisme. Il est devenu plus que crucial de renforcer nos services de renseignements : force est d’admettre que seules de graves lacunes ont pu permettre la perpétration de plusieurs attentats simultanés dont un au Stade de France et un autre au Bataclan. Je ne pourrais qu’inviter la France à s’inspirer d’Israël quant à la lutte contre le terrorisme.

Aujourd’hui, je suis effrayée pour la France, car j’ai peur que notre Etat soit trop faible pour donner une réponse adéquate à cette violence. Car en effet, si je critique Israël souvent et beaucoup, si je dénonce l’occupation et les travers de mon petit Etat méditerranéen, on ne m’enlèvera pas de l’idée que j’aime ce pays car l’Etat me protège. Son armée, sa police sont totalement dédiés à la protection de ses citoyens. Bien sûr que j’ai peur, chaque fois qu’une notification apparaît sur mon téléphone de Ynet ou de Haaretz je me demande « combien de morts cette fois ? » mais pourtant, je me sens en sécurité ici car aucune fleur n’est faite aux terroristes, parce que des mesures drastiques sont prises pour protéger les citoyens mais surtout et avant tout car je n’ai jamais vu une telle solidarité populaire. On pourra montrer du doigt Israël tant qu’on le veut, Israël est un Etat qui protège ses citoyens, et c’est pour ça que j’ai fait le choix d’y vivre. Si mon cœur est en Israël, ma raison est toujours en France. J’ai deux amours, mon pays et Paris, disait-on. Amis de France, soyez forts, restez unis et exigez de notre Etat une réponse ferme face au terrorisme. Vive la République, vive la France.

Oriane

Oriane

Etudiante franco-israélienne à Sciences Po, pour moi, Israël, c’est plus qu’une destination de vacances, c’est une passion. Je suis tombée éperdument amoureuse du sud d’Israël, du Néguev, son immensité et son silence criant. J'ai étudié à Beersheva, à l’université Ben Gurion. Beersheva ? Mais qu’est-ce que je suis allée foutre là-bas… Allez comprendre, la chaleur aride et les tempêtes de sable, je préfère ça à l’humidité Tel Avivi, mais aussi le vivre-ensemble qui anime cette ville si différente des autres cités israéliennes.
Je suis musicienne et chanteuse à mes heures perdues, vous pourrez sûrement me croiser aux open mic’ de Tel Aviv, Jerusalem ou Beersheva. Vous l’aurez compris, artiste torturée, je philosophe (un peu trop) et joue des mots pour faire passer des messages, pour transmettre ce que je considère comme crucial.
Oriane

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