L’avion venait d’atterrir sur le tarmac de l’aéroport Ben Gourion (3ème prix)

L’avion venait d’atterrir sur le tarmac de l’aéroport Ben Gourion ;

Zeev n’accorda pas un regard au voyant lumineux qui interdisait aux passagers de détacher leur ceinture et la défit d’un clic;  Vingt ans en Floride où dépasser quelqu’un dans une queue était considéré comme une insulte aux fondements démocratiques de l’Etat, n’avaient pas dompté son naturel indiscipliné.

L’avion roulait encore à grande vitesse quand Zeev se leva pour récupérer son bagage de cabine, il était d’ailleurs loin d’être le seul à faire fi des consignes et Zeev sourit à ce peuple de voyageurs tout aussi impatients que lui et qui était le sien, au destin duquel sa vie était lié indissociablement.

Au contrôle de police, Zeev présenta son passeport israélien, il dédaigna ensuite le taxi collectif, et c’est dans un taxi privé qu’il monta vers Jérusalem.

Il avait des shekels dans son portefeuille, il en avait toujours, au cas où…

Quand même que de soldats dans ce pays. Lui aussi avait servi dans l’armée et lui avait offert les plus belles années de sa jeunesse à patrouiller, à vivre sur le qui-vive, mais il avait oublié cet état d’alerte permanent !

Il songea à sa petite Anna. A l’heure qu’il était, elle devait être en train de jouer au jardin d’enfants.
Peut être était-elle en train de chanter sa comptine préférée : « Three little monkeys ». Anna ne ferait pas l’armée.
Mais Zeev lui avait enseigné toutes les comptines israéliennes, elle les connaissait par cœur, et elle connaissait aussi tous les chants du Shabbat, ils les chantaient ensemble dans la voiture en allant à la plage.


 

« L’ami, tu es rentré à temps pour voter !

Un délice que cette familiarité spontanée du chauffeur de taxi

─ Oui, mon frère, répondit Zeev. Et toi, tu as déjà voté ?

─ Bien sûr. J’ai dit à mon patron : d’abord je vote et ensuite je prends mon service.

─ T’es un bon citoyen !

─ Il n’y a rien qui m’énerve plus que tous ceux-là, tiens ! et le chauffeur désigna les nombreuses voitures alentour qui alourdissaient la circulation. Tu crois qu’ils ont voté ? 68% d’abstention au dernier scrutin mais 100% de gens qui partent se faire une journée de vacances sur le compte de l’Etat ! Heureusement qu’il y a des gens comme toi ! Enfin, ça dépend pour qui tu votes, l’ami, et il cligna de l’œil dans le rétro. Enfin, l’important c’est quand même de voter, de dire à ce pays dans lequel on vit qu’on se préoccupe de son avenir. Tu vois, l’ami, tous ceux-là, ce qui compte pour eux, c’est leur porte-monnaie !

Zeev pinça les lèvres, n’embraya pas

─ Ça va, l’ami ? Tu as l’air fatigué. D’où viens-tu ?

─ De Miami.

─ Un sacré long voyage ! Il y a beaucoup d’Israéliens qui se sont installés là-bas. J’ai une sœur et un beau-frère là-bas.

─ Comment s’appellent-ils ?

─ Sami et Maya Levi. Pourquoi, tu les connais? Tu connais beaucoup de gens là-bas ?

─ Non, non je ne les connais pas.

─ Ah, ils ont choisi la belle vie, entourés comme eux de ces Israéliens qui ont abandonné le pays.

Abandonné le pays ! Ça y est, on y était ! Mais on pouvait encore laisser choir la conversation, et Zeev ferma les yeux. C’était tout de même hallucinant comment dans ce pays, la conversation risquait à chaque instant d’aborder un sujet personnel. En Floride, on ne se permettait pas comme cela de juger les gens sur leurs choix de vie.

─ Et en plus, ils se permettent de nous donner des conseils ! Vous devriez faire comme-ci, vous deviez faire comme ça. Il y en a même qui se permettent de venir voter ! Si ce n’est pas une honte, cela…

Zeev paraissait endormi. Le chauffeur haussa les épaules, il bavarderait avec le client d’après.

La voiture s’arrêta dans une rue tranquille du quartier de Baka.

─ On est arrivés l’ami, réveillez-vous ! Où je vous arrête ?

─ Là-bas, près des gens sur le trottoir. C’est mes parents.

Zeev descendit du taxi, sa mère se jeta dans ses bras, son père aida le chauffeur à sortir les bagages du coffre.

─ Mon chéri, ça fait si longtemps. Heureusement qu’il y a ces journées d’élection qui te ramènent à nous !

Le chauffeur s’approcha de Zeev

─ Ca fait 70 shekels, Monsieur mais pour vous ce sera 70 dollars !

Zeev lui tendit l’équivalent des soixante-dix dollars en shekels.

Le chauffeur et lui s’affrontèrent du regard.



Carole Aidane

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