Le coeur du monde bat à Tel Aviv, parole de berbère

Shira

SHIRA

« Le cœur du monde bat à Tel Aviv »…Cette phrase laissée en anglais qui est celle qui m’est venue en quelques secondes à l’esprit au moment de laisser une phrase-souvenir à mes amis, pourrait résumer à elle seule l’âme de cette ville décidément unique.

Beaucoup de préjugés, d’innombrables affirmations ont cours en France et ailleurs sur Israël et Tel Aviv. Quoi de mieux que de se rendre sur place, quitter l’hiver français et retrouver le soleil moyen-oriental pour se faire sa propre idée sur ce pays, sur cette ville. Et si avant 30 ans l’audace ou la curiosité ne nous incitent pas à le faire, alors quand cela sera-t-il le cas ? Tels furent les points de départ d’un voyage exceptionnel.

Pour la jeune Française aux origines berbères que je suis, la douceur de vivre et celle de l’accueil de ceux que j’ai décidé de surnommer les « Tel Avivis » ont été les traits très méditerranéens qui ont fait instantanément naître chez moi –comme pour beaucoup- cette indéfinissable sensation d’aise. La plage (où je me suis directement rendue en sortant de l’aéroport), les 25° qui accompagnaient ma visite un jour de décembre, le soleil, les sourires et cette attitude qui consiste à prendre son temps, à apprécier chaque chose, surtout les plus simples ; sans nul doute, j’acquis dès mon arrivée le sentiment d’être bel et bien au milieu d’une population du sud au sens noble du terme mais aux valeurs progressistes, d’un peuple de culture méditerranéenne qui avait su en conserver les aspects séculaires les plus bénéfiques.

Le sourire…Cette forme d’expression si réjouissante et qui peut paraître anodine semble être la seconde nature des Tel Avivis. Peu importe votre provenance. Peu importe si vous êtes Israélien, si vous êtes juif ou si, comme moi, vous ne l’êtes pas. Vos origines différentes seront mêmes promptes à aiguiser leur curiosité bienveillante et leur envie de vous connaître. La richesse culturelle d’un pays qui est le théâtre d’autant de mélanges, d’apports venus de tous les coins d’Europe et même du monde, donne à son peuple un attrait logique pour les étrangers qui leur rendent visite.


Les arts, la gastronomie, la diversité linguistique, sont autant de domaines directement impactés par ce mélange et ces rencontres du monde entier qu’est en réalité Israël. Chacun semble y avoir pris soin d’apporter ce qu’il y a de meilleur de son pays de provenance afin d’y bâtir une société qui soit elle aussi la meilleure possible ; la finesse d’esprit de la population locale, leur goût immodéré pour les arts viennent en attester et ne peuvent que susciter l’attrait et l’envie de partage. Les apports venus d’ailleurs furent du moins l’objet des générations qui émigrèrent vers Israël et de ceux qui continuent d’y arriver ; la jeune génération israélienne a elle bel et bien crée une culture, un état d’esprit, une identité qui lui est propre et elle en a conscience. « Être Israélien, c’est quelque chose de bien spécifique…C’est encore différent d’être juif venant d’un autre pays », me confiait Ido, un jeune Israélien de Tel Aviv. Cette affirmation me semble aujourd’hui être d’une évidence limpide.

Les liens semblent se créer beaucoup plus vite et plus facilement que dans beaucoup d’endroits, à Tel Aviv. Les conversations commencent tout aussi vite et on vous parlera de manière impromptue, à chaque occasion. Par leur biais, il apparaît rapidement évident que la tolérance fait presque partie de l’ADN de Tel Aviv mais aussi des Israéliens que j’ai pu rencontrer en dehors de la ville. Cette tolérance se manifeste de toutes les façons mais surtout par leur volonté largement partagée de ne pas systématiquement catégoriser « l’ennemi » supposé et par le rejet des préjugés basés sur l’ethnie ou la religion. A la place, chaque individu y est considéré pour ce qu’il est, et sur une base, précisément, individuelle. La soif de vivre de la société que j’ai observée n’a pas d’équivalent parmi les souvenirs de tous les voyages que j’ai entrepris. A Tel Aviv, on cultive un goût pour la fine (et bonne) nourriture, on boit, on vibre, on aime. On drague en klaxonnant mais aussi plus discrètement. On retrouve là encore les marques de cette culture méditerranéenne si appréciables. Vers 4h du matin, au détour de l’avenue Rothschild, nous croisons un groupe de jeunes qui font bouger la ville au rythme de percussions. Nous nous joignons à eux…

Il n’est pas excessif de dire que la beauté du pays est à la hauteur de sa dimension humaine, largement évoquée au regard de la place fondamentale qu’elle occupe. Les couleurs du marché Carmel de Tel Aviv et le goût d’une grenade fraîchement pressée, Neve Tsedek et les musées, le voyage dans le temps et la spiritualité impressionnante de Jérusalem, Jaffa et son histoire, et encore tant d’endroits qu’il me fut impossible de voir faute de temps…Le désert du Néguev, la fascinante Mer Morte….Rien n’est donc fait pour laisser quiconque indifférent. A Jaffa que je découvre à vélo, une petite fille me gratifie d’un « shalom ! », que je lui rends aussitôt, amusée.

Le jour de mon départ, déjà un peu nostalgique, je reçois un appel. C’est aussi le premier jour de Hanukkah et je suis invitée par des Tel Avivis à le passer en leur compagnie, après quelques jours seulement de présence en ville. D’autres convives sont présents et nous préparons ensemble un dîner qui restera une expérience mémorable. On discute à bâtons rompus, les Tel Avivis qui nous reçoivent me disent leur rejet de la guerre puis on passe à beaucoup d’autres sujets. Une autre plongée, complètement inattendue, au cœur de la culture israélienne. Je dois me rendre à l’aéroport à 3h du matin, très vite, il est minuit. Qu’importe ? Allons passer les quelques heures qu’il me reste au cœur de Tel Aviv. Ce soir là plus qu’un autre, tout le monde –même les personnes que nous ne connaissons pas- semble vouloir s’amuser ensemble. Les larmes prennent la place du sourire, elles ne me quitteront pas dans le taxi qui m’emmène vers l’aéroport. La phrase que m’a inspirée mon expérience de visiteuse étrangère m’était venue spontanément. « Le cœur du monde bat à Tel Aviv ». Désormais, il semble que le mien aussi.

Shira

Shira

Française, de sang mêlé, mélange d'Orient et d'Occident. Diplômée de science politique, passionnée de musique, d'écriture, d'histoire, de sport, de culture anglo-saxonne. Je n'ai pas de liens particuliers avec la culture juive mais, de tous mes voyages, Israël a laissé une empreinte spéciale. Passionnée aussi et surtout d'histoire des peuples, parce que nous sommes avant tout des héritiers
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