Israel Tavor
Israel Tavor

Bonjour Myriam,

Tu as peut-être du voir ce qu’il se passait en ce moment en France… et j’ai toutes les raisons d’avoir la nausée.

Quand on écrit et que ça arrive, on écrit toujours à quelqu’un…

Je voulais écrire à la France… et non, pas envie. Vraiment pas envie.

Je voulais dire à quelqu’un mon dégoût.

Dans ma tête, cette phrase qui tourne “Putain, pas Cabu, pas Wolinski”. Je connaissais leurs visages depuis longtemps. Pas le tien. Et j’aurais aimé ne jamais avoir à le connaître.

À qui le dire?

Je n’ai trouvé que toi. Toi, Yonathan, Gabriel et Aryeh.

Pour toi, ils ne sont pas descendus par dizaines de milliers dans les rues de France.

Pour toi, ils ne sont pas sortis avec des panneaux “Je suis Juif”.

Tu n’as pas été tuée car tu avais blasphémé ou pour défendre la liberté d’expression.

Tu es morte d’être née. Née Juive.

En France, ça ne suscite plus que des indignations convenues.

C’est car cette France ne s’est pas levée comme elle le fait aujourd’hui quand toi, Yonathan, Gabriel et Aryeh, avaient été tués du simple fait d’être né que nous pleurons aujourd’hui à nouveau ceux qui sont morts d’avoir défendu la liberté d’expression, celle de moquer les religions, même la nôtre, de moquer les extrémistes, les croyances.

Je suis donc amer.

Pas d’amalgame… quand je vois Abdennour Bidar qui dans un article en octobre dernier appelle le monde musulman à se regarder en face, je ne fais pas d’amalgame.

Pas d’amalgame oui… si y’a pas d’aveuglement non plus. Les fausses excuses, les théories du complot qui émergent, les tweets… Dois-je dire et répéter tout ce que j’ai entendu quand j’étais en France?

“Vous les juifs, vous êtes psychologiquement faibles.”

Et des manifs en 2003 où j’ai entendu des propos sur les Juifs… Et tout le monde qui s’en foutait. Ces petites phrases, au coin d’une discussion.

Ce n’était qu’un début… et puis l’été dernier; des manifs pour soutenir parfois les mêmes qui tuent en France. Quelle ironie.

Myriam, tout ça doit te dépasser.

Je m’en veux de t’avoir dérangé dans ton repos… tu ne mérites pas ça.

Je sais que si j’écrivais ça à la France, elle ne comprendrait pas… elle ne comprend plus grand chose. Ne comprendrait pas que je regarde tout ça d’ici, de mon point de vue de Juif, d’Israélien… de celui qui était cet été sous la guerre, qui arrive cet hiver en France.

Je te laisse, et ne souhaite qu’une chose, ne plus avoir à te réveiller à nouveau.

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