En cette période de Gay Pride, RootsIsrael a décidé de faire écho à la lettre ouverte reçue d’un haredi homosexuel. Celle-ci met en avant les difficultés quotidiennes pour les juifs orthodoxes, de vivre leur pratique religieuse et leur sexualité.


 

En ce moment la Gay Pride bat son plein à Tel Aviv. C’est cette période de l’année qui crée le plus de conflit en moi. Dans le monde dans lequel je vis, beaucoup de personnes, si ce n’est la majorité, prennent très au sérieux le passage de Vayikra qui dit de « l’homme qui couche avec un homme comme on couche avec une femme : c’est une abomination qu’ils ont tous deux commise, ils devront mourir, leur sang retombera sur eux. », et qui seraient plus que ravis d’appliquer la loi divine.

Mais l’étude des textes sacrés est mon quotidien. Et je sais que la Torah et Hachem ne condamnent pas le fait qu’un homme éprouve des sentiments, ou même du désir pour un autre homme.

La plus grande difficulté est de ne pas pouvoir s’exprimer : Impossible d’en parler, même à mon ami le plus proche à la yeshiva. M’ouvrir à mes parents ? C’est inconcevable. J’ai d’ailleurs grandi dans une maison sans télévision et sans ordinateur. Nos Gedolim n’ont-ils pas décrété que « L’internet est un danger 1000 fois plus grand que la télévision, que nous avions banni il y a 30 ans, et les ordinateurs apporteront la ruine et la destruction du peuple juif » ? Alors un fils homosexuel…

Et mon maître spirituel, le rabbin de notre communauté ? Non, non et non. Sortir du placard, comme ils disent, est impossible pour moi.

Il y en a eu, des gens comme moi, qui ont délaissé notre mode de vie, pour aller s’installer à Tel Aviv, et vivre en accord avec leurs sentiments. Mais je n’ai nullement l’envie de renoncer, Has VeShalom, à Hachem.

J’ai essayé de ne plus avoir ces pensées. Il n’y a rien à faire. Telle est ma nature. La peur de trahir mes véritables émotions, que quelqu’un découvre mes désirs les plus secrets, voici mon quotidien, et bien sûr, cela a des conséquences terribles sur ma santé mentale.

Je refuse de me marier, et de mener une double vie. Et tout semble si libre, là bas, à la fin de la ligne de bus.

20 minutes dans le bus Egged 921, et c’est Tel Aviv, où les drapeaux arc-en-ciel sont partout : aux lampadaires, aux fenêtres, sur les façades des immeubles.

Plus le temps passe, plus la solution m’apparaît évidente. Je vais devoir partir pour Tel Aviv, abandonner mon style de vie, et sans doute avec, ma famille, mes amis, la yeshiva. J’ai envie de continuer à faire Mincha, mais avec qui ? Voilà la véritable question.

C’est pour cela, que cette année, j’ai décidé d’aller à la Gay Pride. (4)