Sophie Taieb
SOPHIE TAIEB


Aujourd’hui la guerre se gagne aussi sur le web. Il faut être honnête, nos adversaires sont plutôt très bons en com’. Réseaux, infiltration, groupes d’action… force est de constater que les antisémites sont très représentés sur la toile. Avec l’affaire Dieudonné, des militants d’un nouveau genre sont apparus. Secrets, efficaces, malins, drôles, participatifs… ces activistes mènent une guerre sans merci contre les quenellistes, négationnistes, et autres grands copains de la communauté juive. Des groupes qui s’organisent pour signaler en masse les pages et profils antisémites aux associations plus offensives, notre communauté a maintenant un vrai réseau de militants 2.0 qui agissent sur plusieurs plans. Aujourd’hui, nous nous intéressons aux cyber guerriers. Leur plan d’action ? Ne plus laisser les crimes commis sur la toile impunis. Leur nom ? Ulcan, les Inglorious Basterds, le collectif Haverim… ce groupement de communicants, juristes, designers, hackers, est un cocktail molotov e-dirigé vers le camp adverse. Complémentaires à la hasbara effectuée par des individus (on notera par exemple l’excellent groupe « ces goys qui défendent Israël »), les activistes 2.0 sont nos nouveaux héros.


Rencontre avec un Inglorious Basterds qui nous a accordé une interview :

1. Dans quel contexte est née l’association ?

Nous nous sommes connus au moment où a éclaté l’affaire Dieudonné. Comme beaucoup de gens on a découvert tout un monde parallèle antisémite : les vidéos de Dieudonné, les dessins de Joe le Corbeau, les explications moisies de Soral. Tout ça donnait vraiment la gerbe. Au départ, on avait créé un blog d’archivage des publications antisémites sur Internet (aux fins de pédagogie et éventuellement de répression). Mais honnêtement c’était assez déprimant de voir toutes ces horreurs et de se sentir impuissant. Du coup on a transformé le blog en theinglouriousbasterds.com avec un but clair : faire du bien au moral. On sait bien qu’on va pas éradiquer l’antisémitisme ni même le faire baisser, mais prendre un antijuif bien haineux et le mettre en plein dans les projecteurs en exposant ses propores actes ou faits avec tout ce que ça inclut niveau professionnel, relationnel ou autre, ça fait un peu de bien, c’est humain. C’était vraiment le but. C’est par exemple ce qu’on a fait pour le cas de « pisseux d’Amiens », 2 gars violemment antisémites connus dans le milieu qui s’étaient filmé en train d’uriner sur la préfecture d’Amiens et de proférer des insultes antisémites, dès qu’on a reçu la vidéo, on a contacté la presse locale, le Courrier Picard qui a fait un article ainsi que la Préfecture. La justice a été saisie et les 2 pissuex ont pris 5 mois fermes.

2. Quel est le « profil » des Basterds ? moyenne d’âge, occupation, pays de résidence…

On est un groupe de personnes tout ce qu’il y a de banal en fait. La plupart des membres ont plus de 30 ans, avec un job, une vie en parallèle, même si on passe pas mal de temps sur le projet. On a des profils différents (informatique, graphisme, juridique, business) mais ce qui compte le plus en fait c’est l’esprit de groupe. On s’en rend compte assez souvent, c’est la cohesoin qui fait que l’on avance sur des cas. Par exemple, pour l’article sur Cha Chou, la fille qui a posé en faisant une quenelle devant la rue des déportés, on a reçu une info sur elle mais on avait pas l’identité réelle. Elle avait une demi-douzaine de comptes Facebook pour brouiller les pistes. Des membres du groupe ont bossé quasiment toute la nuit pour retrouver son identité réelle. C’était assez incroyable, c’était un véritable travail d’enquête. Trois ou quatre jours plus tard elle était licenciée de son emploi.

3. Racontez nous votre plus belle réussite.

Comme RootsIsrael, nous nous battons également contre la désinformation de la part des médias français. A l’égard d’Israël ou des Juifs en général. Par exemple, l’affaire de la photo trompeuse mise en ligne par Tariq Ramadan, c’est important c’est passé par la création de « visuels » avec des messages courts et efficaces pour faire passer le message. On a ainsi créé des visuels contre le Point, Le Monde et le Nouvel Obs qui appelaient les 3 jeunes ados israéliens assassinés des « colons ». C’était tout simplement insupportable de voir ça. Dans chaque cas, la version en ligne des journaux a été modifiée sur les mots qu’on mettait en valeur. En ce moment, on essaie de faire connaitre au grand public le cas de Sihem Souid, qu’on a révélé. Il s’agit d’une fonctionnaire de police, chargée de mission au Ministère de la justice qui a publié sur Twitter des photos de jeunes qu’elle a présenté comme étant de la LDJ en demandant de « faire tourner ». Elle a nié par la suite être l’auteur du Twitt mais manque de chance on a retrouvé l’archive sur Topsy. On prend l’affaire très au sérieux et on va essayer de la pousser.

4. Contre qui vous battez vous ? Comment ?

Ce qu’on fait s’apparente plutôt à du lobbying au final. On définit des objectifs, et on utilise différents moyens de pression pour y arriver (médias, appel à écrire aux autorités, création de vidéos sur YouTube, de visuels sur Facebook…) On veut que les gens qui préfèrent des horreurs antisémites sachent qu’en faisant cela, ils prennent le risque de perdre leur emploi demain matin et que leur nom sera associé à ce à leurs exploits antisémites dans une recherche Google.

5. Comment peut-on vous aider ?

On reçoit en fait beaucoup de messages de personnes qui nous informent de cas d’antisémitisme. Et d’ailleurs, on voudrait remercier ces gens, certains sont des informateurs très réguliers (et ils se reconnaitront) qui passent aussi beaucoup de temps à bosser sur ces cas et leur dire que la réussite notre travail est due à leur contribution. Pour ceux qui veulent nous aider, en général, on préfère recevoir des dossiers complets, c’est-à-dire des dossiers ou les gens ont déjà effectué le travail d’enquête avant de nous l’envoyer et incluent déjà des informations sur l’auteur, les preuves de l’acte incriminé, et des informations sur le lieu de travail.

(143)