Lorsqu’un pro-palestinien dénonce l’antisémitisme des pro-palestiniens

Note de roots

[box type= »info » fontsize= »12″]Nous ne souscrivons pas a tout ce que dit Gary Spedding sur sa critique d’Israël et pensons qu’il ne pousse pas sa réflexion à propos de l’antisémitisme du mouvement palestinien jusqu’au bout, en particulier sur un point: il accuse les militants pro-israéliens d’agiter le thème de antisémitisme… alors que lui même s’en inquiète! Il ne se demande pas si au fond cette inquiétude serait tout simplement partagée. De même lorsqu’il semble absoudre le peuple palestinien de tout antisémitisme en lui demandant « pardon » pour l’antisémitisme de ses militants, sans évoquer l’antisémitisme des Palestiniens eux-mêmes.  Mais par honnêteté, nous vous donnons l’intégralité de son article publié dans Haaretz. Ce qui nous intéresse dans cet article, c’est cet aveu « de l’intérieur » de la manière dont l’antisémitisme constitue une forme de militantisme au sein du mouvement pro-palestinien, ainsi que l’utilisation de personnalités juives antisionistes et de la nazification d’Israël.[/box]

J’ai mené des campagnes à la fois au sein du « Palestine solidarity movement » et dans le combat contre l’antisémitisme depuis plus de 10 ans. Cependant, et à ma grande déception, je prends conscience que certains militants de la cause palestinienne ont échoué à prendre sérieusement en compte la question de l’antisémitisme, à tel point qu’ils sont prêts à croire que chaque questionnement à ce sujet, relève d’ une accusation montée de toute pièce afin de souiller le mouvement en faveur des droits des Palestiniens.

Cette semaine, lors du réunion de la section locale du UK Palestine Solidarity Campaign, j’ai vécu une expérience me le confirmant. Une personne dans le public a affirmé à toute la salle que le terme « antisémitisme » était utilisé à tort, car « les Arabes sont aussi des Sémites. » Signifiant ainsi que nous aurions donc un passe-droit afin d’ignorer les Juifs lorsqu’ils nous accusent d’antisémitisme.

J’ai regardé autour de moi, espérant voir chez d’autres le même inconfort et la même désapprobation de ses propos, mais consternation, les discours divaguant ont continué et la plupart des personnes présentes dans la pièce ont acquiescé. Je me suis senti moi-même assez peu confiant pour protester.

Il était évident que de nombreux participants, y compris l’organisateur, ni ne percevaient, ni ne comprenaient la nature problématique ce qui venait d’être dit. Ce jeu autour du sens des mots est dangereux par nature – il utilise le mot « antisémitisme » de manière à faire disparaître ce qu’il désigne spécifiquement, c’est à dire,  la haine et la discrimination contre les Juifs.

 


 

Reconnaître et dénoncer l’antisémitisme ne peut que renforcer ma défense de la Palestine

Il ne s’agit que d’une preuve supplémentaire de la négligence avec laquelle notre mouvement se comporte lorsqu’il faut reconnaître et dénoncer l’antisémitisme, en allant jusqu’à en changer la définition, afin d’éviter d’être accusé d’être antisémite, quand bien même un vocabulaire contre les Juifs (et non contre Israël) est utilisé.

En tant que militant pro-palestinien dévoué, pleinement conscient de la complexité du conflit israélo-palestinien, je crois sincèrement,  qu’il est devenu absolument nécessaire d’identifier, rejeter et faire campagne contre l’antisémitisme.

Pour moi, être informé afin de reconnaître et dénoncer l’antisémitisme ne peut que renforcer ma défense de la Palestine. Avoir une définition claire de l’antisémitisme permet de rassurer la communauté juive et signifie que notre militantisme sera moins susceptible d’être accusé faussement d’antisémitisme par les associations de défense d’Israël, dans leur effort d’utiliser l’antisémitisme afin de mettre fin a tout débat sur la critique légitime d’Israël.

Les réseaux sociaux sont en particulier une zone sensible. Il est courant de voir les commentaires et les posts franchir la frontière entre la critique d’Israël et l’antisémitisme. Théories du complot, répétant les clichés antisémites sur la « puissance juive », et dénonçant les Juifs s’identifiant au sionisme, s’y trouvent régulièrement. 

J’ai ainsi souvent était le témoin du paradigme du « bon Juif » et du « mauvais Juif » par de nombreux militants pro-palestiniens. Pour ces derniers, que ceci soit parfaitement clair: le judaïsme d’une personne n’est pas soudainement illégitime du fait de son sionisme. Nous devrions également cesser de voir le sionisme comme un mot fourre-tout. Il ne l’est pas. Il existe de nombreux courants politiques et variantes dans le sionisme – dont certains sont en effet racistes et ultra-nationalistes et d’autres non.

Certains militants pro-palestiniens ont tenté de masquer leur intentions, en jouant avec les mots, en remplaçant le mot « Juif » par « Sioniste ». Nous avons aujourd’hui « les sionistes contrôlent les médias » ou « les sionistes décident qui sera la prochain président des USA » à la place du mot « Juif ». Ce sont ces gens qui affirmeront fièrement « Je ne suis pas antisémite, je suis antisioniste » et déclareront que les « vrais juifs » rejettent le sionisme. 

D’autres militants vont parfois par inadvertance partager des statuts et des posts antisémites et offensants. Ceci est le résultat plus de l’ignorance que d’une intention haineuse à l’égard des Juifs.

Les Juifs antisionistes ne sont pas non plus innocents et sont eux aussi complices de cette promotion de l’antisémitisme.  Si une personne juive énonce des propos antisémites, ça ne les rends pas subitement « cashers » et ne l’autorise nullement à les propager. Quelque soit la raison initiale, seuls les mots comptent, c’est ce que les gens finissent par entendre.

L’ensemble de ce discours, ainsi que son but idéologique, sont un poison et ne font rien d’autre que porter atteinte au combat légitime en faveur des droit des Palestiniens.

 


 

Nous devons également cesser de comparer Israël à l’Allemagne nazie.

Lorsque des personnes telles que moi soulèvent ce problème de l’antisémitisme, nous sommes accusés d’être les idiots utiles des sionistes et de leur projet. Lorsque j’ai rédigé une motion pour le parlement britannique condamnant l’antisémitisme, on m’a dit que j’étais manipulé par un stratagème sioniste, l’un de ceux reliant la solidarité de la Palestine et l’antisémitisme.

Nous, militants de la cause palestinienne, devons réfléchir sur la manière de communiquer sur les doléances palestiniennes et nos critiques vis-à-vis d’Israël. L’une des nos règles fondamentales est que la voix des Palestiniens priment: nous suivons leur recommandations plutôt que de parler à leur place. Et ce sont aux militants palestiniens eux-mêmes de veiller à prendre leur distance avec l’antisémitisme, l’extrémisme et cette rhétorique problématique.

Nous devons également cesser de comparer Israël à l’Allemagne nazie. Aujourd’hui, très peu de militants vont aller reprocher à d’autres d’user de comparaisons fausses et répugnantes. Ces comparaisons sont établies afin de narguer et faire réagir les Juifs avec la Shoah, et les comparer avec le pire des maux qu’est le nazisme. Comme l’a expliqué l’analyste politique israélien Noam Sheizaf:  » Dire d’une personne qu’il est un nazi signifie qu’il représente le mal ultime – une chose avec laquelle on ne négocie pas, avec laquelle on ne fait aucun compromis, que l’on ne peut que combattre. » Cette comparaison nourrit la diabolisation et la déshumanisation d’Israël, des Juifs israéliens et des communautés juives partout dans le monde.

Les militants devraient s’éloigner de toutes rhétoriques encourageant la confusion entre la politique israélienne ou la droite sioniste, et le judaïsme et l’identité juive. Il existe une culpabilité commune entre les défenseurs d’Israël et les groupes de soutien à la Palestine dans cette confusion, sans même parler du gouvernement israélien lui-même.

En reconnaissant la gravité du problème de l’antisémitisme dans notre mouvement, et qu’il est de notre responsabilité de le combattre, nous permettons l’émergence de solutions. Nous devons le faire en modifiant nos comportements et en intégrant le combat contre la haine et l’oppression anti-juive dans tous les aspects de notre travail.

 


 

Les militants pro-palestiniens doivent en finir avec cette obsession

J’ai déjà milité afin de soutenir ce combat sur plusieurs fronts. Un combat dans lequel les inquiétudes des Juifs, en tant qu’ individus et communautés, puissent sérieusement être prises en compte, et dans lequel l’antisémitisme n’est plus ignoré et mis de côté. Nous devons nous engager de manière plus ouverte et plus ferme auprès des communautés juives, être à l’écoute de leur problèmes, leur peurs et leur diversité d’opinion.

Les militants pro-palestiniens doivent en finir avec cette obsession consistant à se demander si une personne est juive ou pas,  et arrêter de penser que les Juifs doivent passer un examen obligatoire qui détermine s’ils sont pro-israéliens ou pas et donc indignes de confiance ou pas. Critiquer les positions pro-israéliennes est important, mais pas lorsque le processus repose sur le positionnement suivant: « Il est Juif, et nous devons avant tout nous en méfier s’il exprime ne serait-ce qu’un infime soutien à Israël. »

Nous devons chercher conseil auprès des Juifs et des organisations juives, car elles sont les personnes les mieux placées pour parler de leur vécu et définir l’antisémitisme. Les militants de la cause palestinienne seraient surpris  de constater que de nombreux Juifs rejettent l’intégration de la défense d’Israël dans la définition de l’antisémitisme, et reconnaissent les dommages que cela porte au combat contre l’antisémitisme, sujet trop important pour qu’il puisse détourner toute critique d’Israël.

De nombreux incidents antisémites pourraient être évités en permettant un débat public responsable et une éducation solide. Ceci est indispensable afin de remédier à la propagation des théories conspirationnistes, des amalgames et des stéréotypes, qui sont devenus un vrai fléau au sein du mouvement de solidarité avec la Palestine et de ses soutiens.

 


 

Nous, à gauche, devons cesser de nier la question de l’antisémitisme.

Nous devons avoir une connaissance plus nuancée de ce qu’est le sionisme, et de la manière dont nous pouvons le critiquer sans être antisémite. Nous devons débattre avec les militants pro-israéliens en ne nous basant que sur du factuel, tel qu’on le ferait dans n’importe quel autre débat public sur d’autres questions politiques.

Cela n’aide pas lorsque des militants dépeignent Israel comme ce qu’il existe de pire au monde, ou comme le plus grand violeur des droits de l’Homme. Ceci est non seulement faux, mais cela blanchit les violations des autres régimes et organisations dans le monde. 

Nous, à gauche, devons cesser de nier la question de l’antisémitisme. La communauté juive est une population opprimée: lorsque nous nous battons contre l’oppression dans nos propres rangs, nous devons y inclure l’oppression contre les Juifs.

Ceux qui affaiblissent le message de solidarité avec la Palestine en le contaminant avec l’ignorance et le racisme n’ont aucune place au sein de la solidarité avec la Palestine. En s’opposant à l’oppression anti-juive à gauche, nous renforçons notre mouvement et lui permettons de croître. Trop souvent, nos propres militants affaiblissent le combat pour la Palestine.

Pour ça, je me présente mes excuses au peuple palestinien, qui mérite une solidarité et une défense bien meilleure de la part du Royaume-Uni et d’ailleurs dans une quête de justice, d’égalité, des droits de l’Homme et de la paix.

J’en appelle aux militants afin qu’ils soient plus à l’écoute des inquiétudes des Juifs et des communautés juives dès lors que la question de l’antisémitisme est soulevée.

Vérifier ces accusations à partir des faits et des preuves plutôt que de supposer qu’ils font partis d’un plan ou d’un stratagème pro-israélien.

La seule approche possible pour un militant pro-palestinien est celle mettant en avant la justice, l’égalité et les droits de l’Homme. Nous devons regarder le conflit en nous basant sur les droits de l’Homme et sur le Droit International. Notre but est de permettre aux Palestiniens d’obtenir leurs droits, mais pas au détriment des droits des Juifs israéliens, et certainement pas pour porter atteinte à nos communautés juives en dehors d’Israël et à nos compatriotes. Les droits de l’Homme appartiennent à tous, et en oubliant ce principe, notre campagne perd de sa moralité, de son utilité, et de son opportunité d’en faire une différence significative.


 

Texte de Gary Spedding traduit du journal Haaretz
Gary Spedding est un consultant indépendant et lobbyiste sur le conflit israélo-palestinien aux parlements britannique, irlandais et européen et a énormément travaillé sur la manière de tirer des leçons du processus de paix nord-irlandais afin de permettre une construction de la paix entre Israéliens et Palestiniens.

twitter / GarySpedding

http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.732735

 

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