Mandela était israélien!

Mandela est mort. J’ai attendu quelques semaines avant d’écrire cet édito, le temps que les hommages passent, car lorsqu’en Israël nous parlons de Mandela, il ne faut pas se le cacher, il y a une sorte de gêne. Pas tant pour ses prises de positions sur le conflit entre Israël et les Palestiniens, mais plutôt à cause de la politique d’Israël avec l’Afrique du Sud sous apartheid. Oui, Israël a honteusement coopéré dans différents domaines avec le régime raciste sud-africain. Alors « on » pourra arguer qu’il s’agissait d’une association par défaut, qu’à la suite du changement de position, plus hostile, de nombreux pays africains, Israël a cherché une alliance et qu’elle n’avait donc pas vraiment le choix.

Non.

Quand on collabore avec un régime tel que celui de l’apartheid, on a toujours le choix. Même si cette alliance était plus de circonstance qu’idéologique, en mettant le pied sur ce chemin, qu’on le veuille ou non, la honte est là et si on peut l’expliquer, RIEN ne permet de l’excuser.

C’est notre poids à nous, Israéliens, que d’assumer cette page peu glorieuse de notre histoire et d’en tirer les conclusions. Avec sa mort, certains ont voulu amoindrir ce qu’était Mandela, comme pour « justifier » cette attitude des dirigeants israéliens ou du moins la contrebalancer avec ce qu’était Mandela. Sauf que ce n’est pas que Mandela seul qui a subit le régime de l’apartheid, mais tous ceux qui n’étaient pas de la bonne couleur. Il faudrait alors amoindrir tout ceux qui en ont soufferts… Impossible.

Mais…

Non, il n’y a pas de « mais ». Un « mais » sert toujours, justement, à atténuer. Il n’y a rien à atténuer. Nous demandons assez aux autres pays d’assumer leur passé vis-à-vis du peuple juif pour ne pas assumer, en tant que peuple israélien, toute l’histoire de notre pays. Cela n’a rien à voir avec le fait de se sentir coupable individuellement, mais de regarder avec réalisme notre histoire. C’est ainsi que je suis fier de mon pays, c’est ainsi que je suis pleinement israélien, en gardant un regard critique.
S’il n’y a pas de « mais », il y a un « et ». Il ne sert pas à atténuer comme le « mais », mais à ajouter.

Lors de la libération de Mandela, j’étais bien jeune, mais j’avais été choqué qu’il aille saluer Khadafi. Je ne comprenais pas. Comment celui qui symbolisait la volonté inébranlable de liberté pouvait-il serrer dans ses bras un homme qui écrasait toutes velléités d’opposition et soutenait tout un ensemble de groupes terroristes. J’appris, bien plus tard, que Khadafi avait soutenu et aidé financièrement ses proches alors qu’il était emprisonné. Une alliance… de circonstances? Une association par défaut? Il n’avait donc pas vraiment le choix? Ça vous rappelle quelque chose? Je pourrais continuer cette liste avec Fidel Castro et… Yasser Arafat. Mandela avait raison quand il rappelait à ses admirateurs qu’il n’était ni un saint ni un prophète. Et comme je ne peux excuser Israël pour son attitude avec le régime de l’apartheid, je ne vois pas pourquoi j’en ferai autant quand on s’associe avec Khaddafi.

Je m’attarde un instant sur le parallèle Arafat/Mandela, que certains on fait, Mandela en premier. Pourtant Mandela a toujours maintenu sa volonté de ne jamais s’en prendre aux civils, se battant même au sein de l’ANC contre le fait de s’en prendre à des innocents… Ce qui n’a jamais été le cas d’Arafat. D’autres, bien mieux que moi, ont analysé ces alliances, héritages de vieux combats communs contre des empires coloniaux.

Néanmoins, nous devons continuer à regarder Mandela pour ce qu’il a fait. Il a permis à son pays, l’Afrique du Sud, de voir chacun de ses habitants, noirs, blancs, métis, indiens, etc, de pouvoir se sentir membre d’une seule nation, sous un seul drapeau. Il a évité une guerre civile qui aurait pu être un bain de sang. Ceux qui se souviennent de cette période savent que ce n’était pas gagné, loin de là. Plus important encore, il ne s’est pas accroché au pouvoir… Il a juste cherché à mettre son pays sur « orbite » et il s’est retiré.
Mais pour nous, Israéliens, il faut rappeler qu’il a toujours été pour l’existence d’Israël, état juif.

Eh oui. Israël et Mandela, même combat. J’aime mon pays… J’aime Mandela. Je ne m’aveugle pas sur les fautes et les erreurs de mon pays.. pas plus que sur celles de Mandela. (67)