Mon ami le chauffeur de bus israélien

Noya

NOYA

Avant, je prenais le métro. Mais ça, c’était avant. Depuis que je vis en Israël, mon nouveau moyen de transport préféré à part mes jambes (d’ailleurs qu’est-ce que j’ai pris comme mollets), c’est le bus. Les bus en Israël, c’est un monde merveilleux à découvrir qui vous réserve toujours plein de petites surprises et qui doit beaucoup à ses conducteurs.

Le chauffeur de bus israélien (que nous appellerons CBI pour ajouter un acronyme de plus à notre longue liste) est un spécimen extrêmement intéressant à étudier qui évolue en milieu urbain et dont les caractéristiques peuvent varier d’une espèce à l’autre.

 

Généralement de sexe masculin, le CBI aime personnaliser son espace. Il n’est donc pas rare de trouver des peluches accrochées à sa vitre, des petits dessins… Et comme il fait chaud, une jolie serviette de plage orne souvent son siège. C’est que le cuir, ça fait transpirer, vous comprenez ! Le CBI aime aussi écouter sa musique. Si vous avez de la chance, il écoute Gal-Gal-Galgalatz (biglal ha muzica). Parfois à un volume décent, plus souvent aussi fort qu’en boîte de nuit. Il fait ce qu’il veut, c’est le principe. Egalement attentif aux odeurs, le CBI a aussi dans son petit tiroir du Febreze qu’il vaporise généreusement avant de prendre des voyageurs. Vous l’aurez compris, le bus, c’est sa deuxième maison ! Alors vous êtes priés de vous essuyer les pieds avant d’entrer. Merci.

 

Quand on rentre dans le bus, il faut être rapide sous peine de voir les portes se refermer de manière assez subite sur le séant. C’est violent, très violent. Mais le CBI s’en fout donc ne vous avisez pas de vous plaindre, il criera plus fort que vous en vous disant qu’il fallait se dépêcher. Oui, c’est de votre faute alors n’insistez pas et sortez donc 6,90 shekels pour payer votre ticket. Et plus vite que ça. Le temps que vous cherchiez votre monnaie, le CBI a déjà démarré en quatrième vitesse, une main sur le volant et une main tendue vers vous pour récolter vos pièces. Car oui, il faut le savoir, le CBI est pressé. Pourquoi ? Parce qu’il est payé au nombre d’aller-retour effectués. Ceci explique les portes qui se referment sur nos fesses (oui, je sais que ça fait deux fois que j’en parle mais que voulez-vous, j’ai encore des bleus).

 

Un petit conseil quand vous payez votre ticket : ayez de la monnaie ! Ne vous avisez pas de sortir un billet de 100 ou (pire !) de 200 shekels sous peine de vous faire engueuler encore plus fort que par votre mère quand vous ne terminiez pas votre assiette de pkeila. Un billet de 50 à la rigueur, ça passe, mais au-delà, ô malheureux, préparez-vous à subir les foudres du CBI : regard noir, moustache frémissante, énervement court mais intense, mauvaise humeur et commentaires bougonnants incluant le mot « Tsarfatim ». Le CBI ne plaisante pas quand il s’énerve. L’idéal ? Avoir pile-poil le bon montant. Vous n’aurez pas de médaille mais au moins vous ne vous ferez pas gronder. Prenez donc votre ticket et allez vous asseoir, y’a du monde qui attend derrière vous, vous voyez pas ?

 

En parlant d’aller vous asseoir, nous vous recommandons la plus grande prudence puisque, comme précisé plus haut, le chauffeur roule à une vitesse approchant à peu de choses près celle de Kimi Räikkönen sur un circuit. Donc accrochez-vous bien aux barres si vous ne voulez pas avoir des bleus sur les jambes en plus de ceux déjà présents sur votre pauvre postérieur. Sujet de réflexion : fait-il exprès de prendre les virages et les dos d’âne à toute berzingue juste pour vous voir vous ramasser ? Fait-il des paris avec ses autres amis CBI pour savoir lequel enverra le plus de monde à l’hôpital ? Est-il sadique et aime-t-il vous voir crier, façon Cinquante nuances d’Egged ? Vous avez quatre heures et je ramasse les copies.

 

Quand vous sortez, vous pouvez dire au revoir au CBI. Mais vu qu’il ne vous a déjà pas dit bonjour, n’espérez pas de réponse. Vous pouvez quand même vous fendre d’un « Toda », ça ne mange pas de pain et vous aurez peut-être même un sourire. Si, si, je vous assure. Et vous savez quoi ? Sous son apparence mi ours mal léché, mi chien qui montre les dents, le CBI est en réalité un gentil monsieur (ou une gentille dame) qui n’a qu’une seule mission : vous faire arriver à l’heure à votre rencard !

Noya

Noya

Avant, j'étais parisienne et je m'appelais Laëtitia, mais ça, c'était avant. Si je viens vivre en Israël, ce n'est pas pour le jus de mangue et la limonana, c'est parce que mon coeur et ma tête me le dictent. Et pour une fois que ces deux-là sont d'accord, je ne pouvais décemment pas laisser passer l'occasion.
Noya

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