Roula vous dévoile Mashiah

Publié par GOLDA Communication sur mercredi 5 avril 2017

Mon père, ce héros..euh, ce Mashiah

Myriam Edery

MYRIAM EDERY

Les billets d’humeur sont fournis par des chroniqueurs indépendants. Les opinions, les faits et tout le contenu des médias qui y sont présentés représentent uniquement les auteurs, et à ce titre n’engagent qu’eux-mêmes.

A peine atterrie sur la planète Facebook ce matin, voici que des turbulences secouent mon I phone et que des bips et des ta ta taa se mettent à retentir autour de moi depuis mon ordinateur. [Un peu comme quand je suis dans un vol Paris /Tel Aviv entourée d’Olim français dernière génération n’attendant même pas la fin de « Hevenou Shalom Aleikhem » et « Broukhim Ha Ba’im Habayata* » fredonnés par la voix sirupeuse, souriante et patriotique de la chanteuse virtuelle d’El Al pour se jeter les premiers sur le tarmac de l’Aéroport Ben Gurion et valider la devise : « Israël Shelanou-Am Israël Haï-Israël vaincra »].

« Tu vas adorer !! » lis-je, après balayage vers la droite de mon téléphone intelligent.

Quand le pote qui m’envoie des messages privés Facebook en annonçant la couleur de sa pépite par un : « Tu vas adorer !! » avec deux points d’exclamation, je sais que c’est du lourd. J’arrête alors toute affaire cessante et me mets en mode « adoration ».

Mais alors là, les amis, je pense que mon pote aurait dû accompagner son impératif par treize points d’exclamation.

Treize comme les treize apôtres du Christ lors de la dernière Cène.
Treize comme la moitié de vingt-six, le nombre sacré de D-ieu pour nous les Juifs.
Treize comme le Vendredi treize et ses lotos aux sommes faramineuses.

***

Je lis l’édito du dernier magazine Roula magazine que vient de m’envoyer mon pote et je n’en crois pas mes yeux.

Je regarde, consciencieusement la vidéo qui va avec l’édito et je n’en crois pas mes oreilles.

Le Messie, le Mashiah tant attendu, tant imploré serait enfin là ??!!

Et moi qui ne suis même pas épilée !

Oh… Je vois déjà la Tzadeket Léa me proposer une séance d’épilation gratuite (et intégrale) au nouveau Spa qui vient d’ouvrir entre Ashdod Guimel et Ashdod Daleth et dont elle fait la promotion dans son dernier magazine juste pour que je ferme ma grande gueule de Rouzpanit* (avec un R au début car on ne sait jamais si c’est Khe, H’ ou R donc autant la jouer soft et roulant) !

C’est qu’elle doute de rien, elle.

Pas comme nous autres, devenus Israéliens depuis notre humble statut de Juifs français arrivés en Israël discrètement, il y a 30 ans, 20 ans, 10 ans, 5 ans et ayant essayé de nous fondre dans la masse des figues de barbarie (les Sabras) en montant notre petit business, en travaillant avec les Israéliens, en faisant l’armée, en ne parlant, ne lisant et n’écrivant que l’hébreu, en se tapant les concerts d’Arik Einstein assis sur des tabourets en bois à Tel Aviv Haktana, en bouffant des Mala’ouah* au restaurant Narguila- qui- n’existe- plus, en labourant des champs entiers de coton ou en ramassant les milliers de poules du loul d’un Kibboutz au petit matin, avec comme seule récompense : une daïssa à 08h00 du matin au Hadar Okhel du Kibboutz.

Non.

Elle, elle a décidé qu’elle s’épargnerait toute cette galère et que son père, fraîchement sorti de nowhere était ni plus ni moins que le Messie.

Certains psychanalystes auraient éventuellement parlé d’une problématique œdipienne flagrante, auraient émis l’hypothèse qu’elle ait fait l’impasse sur les remises en question en tous genres, sur les cours de Toldot Israël* à l’Université de Tel Aviv de Givat Ram ou de Har Hatzofim à Jérusalem…? Cependant, ces derniers seraient restés rassurants j’en suis certaine, sur le fait qu’on peut aimer très très fort son papa, même si cela ne fait peut-être pas de lui Dieu sur Terre. 

Mais non. Elle persiste et signe et nous annonce solennellement que son père est le Messie.

Son père est le Mashiah. Point.

Vos gesticulations, vos expériences, les pères fondateurs d’Israël, le gouvernement actuel d’Israël, son représentant à l’ONU, ses grands Rabbins, la Start Up nation, Israël tout entier n’y pourront rien changer.

Non. Elle, elle ne doute de rien. Elle SAIT.

Elle SAIT que son père est le Messie et qu’elle est la digne fille de Monsieur le Messie.

Elle le filme.

Elle l’écrit.

Elle l’assume.

Chapeau ! (Enfin … Kova tembel shalosh pinot* !).

Elle a déjà négocié et pactisé avec le Diable pour lui envoyer tous ses éventuels détracteurs et lui a fait promettre de faire boire à chacun de ces culotés dissidents de la Mahia* jusqu’à la lie ou au moins jusqu’à ce qu’ils maîtrisent le Tashleuhit* et acceptent l’évidence : Son père est le Mashiah.

Parce que quand on s’appelle Bitton, on sait d’où on vient et on a la certitude de savoir où emmener tout le peuple d’Israël avec soi.

Oui Monsieur ! Oui Madame !

Et si tu ne l’as pas encore compris : gare à toi ! Les foudres de la Roula vont s’abattre sur ta petite personne.

Et son père est un Bitton.

Au Diable la kippa ! Au Diable le Français ! Au Diable l’anglais ! Au Diable l’Hébreu ! Au Diable la Torah ! Au Diable Israël ! Au Diable la raison !

L’essentiel, c’est que l’on sache compter.

Non ! Pas pour vendre des shmatess !

Pour compter en Gématria, s’il-vous-plaît.

Pour multiplier les Hiéroglyphes que je divise par trois exégèses que je mets à la racine carrée de Maïmonide et que j’égale à : Je suis le Messie.

***

J’ai tant de peine pour cet Israël que j’ai connu sous son sceaux d’« Eretz Israël Ha yafa ».

J’ai tant de peine pour ces âmes juives françaises quelque peu égarées de ce début du XXIème siècle qui, c’est vrai, n’est pas réjouissant.

J’ai tant de peine pour ces nouveaux immigrants-là, qui après avoir été des Français juifs sont devenus des Juifs de France puis des Françaouis une fois arrivés en Israël. Ceux-là ont apporté en offrande à Israël le gloubi boulga qui a façonné leur personnalité, leur identité, leur profil de Juifs français sonnés par trop de vécu dans les quartiers chauds de la République française.

J’ai tant de peine pour ces Juifs des quartiers chauds de la République française arrivés là-bas depuis leur Mellah, leurs Djinns*, leurs Jnouns* et leurs s’hours* du fin fond de l’Atlas marocain et autres contrées du Maghreb.

J’ai tant de peine de savoir que le mot « Roula » soit devenu un qualificatif glorifiant alors qu’il est le jargon, le slang ou l’argot hébraïque appartenant à cette couche de la population israélienne qui essaie depuis des décennies de se sortir de sa condition de Roula sans jamais vraiment y parvenir complètement pour des raisons qui feraient l’objet d’un autre coup de gueule.

Je souhaite à Monsieur Bitton et à sa fille Léa un prompt rétablissement, une réelle intégration en Eretz Israël Hayafa, une sérieuse remise en question et une retombée sur la planète Terre aussi douce que possible en cette veille de commémoration de la sortie de l’esclavage du peuple juif auxquels ils appartiennent, eux aussi.


Index traductions :

Broukhim Ha Ba’im Habayata » : Bienvenue à la maison !
Tzadeket : Juste. Sage (fait référence à une terminologie biblique).
Rouzpanit : Khouzpanit : Culottée. Du mot «  Houtzpa ».
Tel Aviv Haktana : Quartier mythique de Tel Aviv qui n’existe plus mais qui se situe aujourd’hui autour de l’entrée du quartier branché du Port de Tel aviv.
Mala’ouah : Sorte de crêpe salée et plat typiquement Juif yéménite. Très en vogue en Israël, il fut un temps, lorsque la chaîne de restaurant « Narguilé » existait encore.
Loul : Poulailler
Toldot Israël : Histoire d’Israël (Module obligatoire dans tous les programmes de l’éducation nationale en Israël, de l’Armée, des Oulpanim, ou des prépas (mekhinot) en Israël. On y étudie l’Histoire biblique d’Israël, l’Histoire du Sionisme et l’Histoire contemporaine d’Israël – depuis 1948)
Koumzit : Goûter et/ou Feu de camp (fait référence à l’Histoire des pionniers d’Israël).
Sahné : Nom de la source d’eau douce découlant du lac du Kinnereth dans la vallée du Jourdain.
Kova tembel shalosh pinot : Littéralement : Chapeau de l’idiot à trois pointes. Concrètement, un bob à trois pointes (triangulaire) faisant référence au fameux petit chapeau de tissu que portaient les pionniers à l’époque de la construction de l’état d’Israël, pour se protéger du soleil. Il donnait une allure un peu désuète à ceux qui le portait. Une chanson pour enfant très célèbre est née au sujet de ce chapeau. La Kova Tembel est un concept en soi.
Mahia : Alcool de dattes juif marocain typique. L’équivalent de la Boukha chez les Juifs tunisiens ou de la Vodka chez les Juifs ashkénazes.
Tashleuhit : La langue Shleuh pratiquée par les Berbères (juifs ou arabes) originaires de l’Atlas marocain.
Roula : Dénominatif argotique hébraïque utilisé en Israël aujourd’hui dans les communautés juives sépharades et orientales israéliennes pour qualifier une personne de téméraire, courageuse façon bulldozer et qui ne doute de rien.
Eretz Israël Hayafa : Littéralement : le bel Israël. Un concept en soi. Fait référence à « la belle époque » d’Israël (entre les années 1950-70), période pendant laquelle les valeurs de patriotisme, d’honneur, d’honnêteté, de solidarité, de construction du pays étaient encore tout à fait en vigueur.
Djins, Jnouns : Esprits, fantômes dans le dialecte et la culture marocain(e).
S’hours : Sorts ou mauvais sorts

Myriam Edery

Myriam Edery

Franco-Israélienne basée actuellement à Paris, Myriam est un un mélange multi graines aux origines diverses et variées composé d’Israël, de France, de Maroc, d’Ukraine, de Russie, de Pologne, de Cuba, de Vénézuela, d’Etats-Unis, de Caraïbes.

Multilingue, multi-communicante, curieuse, voyageuse mais viscéralement attachée à son fil rouge, son épine dorsale, sa batterie, son souffle : Israël, le pays de ses ancêtres et celui de ses amours, de tous les amours.

Montée en Israël à l’âge de 17 ans en Israël où elle y a vécu pendant 12 ans pour agrémenté de voyages et pans de vie de deux ans au Vénézuela, dans les Caraïbes et aux Etats-Unis.

Plus de 15 ans dans le tourisme et la communication vers et autour d’Israël hors des sentiers battus depuis la France.

Un regard tendre, critique, passionné, cynique et amusé parfois sur la vie, sur cet Israël qu’elle connait et aime entre les lignes, le long des courbes de sa topographie, au coeur de son Histoire.
Myriam Edery

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