Naomi, la nouvelle étoile montante franco-israélienne se passera de Rising Star pour briller

Danielle Azran

DANIELLE AZRAN

Mardi 19 Janvier, la pression monte, c’est un jour important pour ma sœur Naomi.
Je suis venue la rejoindre en Israël juste pour ce jour-là.
Aujourd’hui c’est son audition dans Rising star, vous savez ce télé-crochet comme disent les jeunes où il est question de mur, de jury, de flèches rouges ou bleues, de dépression ou d’exaltation.
Bref, je peux le dire, ma sœur fait partie des 16 derniers candidats parmi des milliers.

Elle a passé 6 ou 7 auditions en tout me dit-elle, en comptant les pré-auditions avec des « faux jurys », ceux qui n’ont pas la notoriété suffisante pour passer à l’écran, ceux qui pré-mâchent le travail.
Quand j’ai vu sa première audition à la télé, j’avoue j’ai chialé, et pas qu’un peu.

Voir sa sœur, sa grande sœur, celle avec qui tu as tout partagé, celle que t’as littéralement eu envie de tuer parfois, celle aux grands rêves, qui n’a jamais eu peur d’admettre « oui, aujourd’hui je veux être chanteuse », la voir sur mon écran belle et majestueuse mais simple surtout, en train de chanter « me and my broken heart » comme si elle avait fait ça toute sa vie.

Et bim, elle obtient le meilleur score, 93%. Je suis fière, tout le monde est fier, c’est à peine croyable.
Commencent les pensées utopiques, on se met à imaginer des scénarios, on se laisse rêver à une vie meilleure.
Mon père c’est surement le pire dans l’histoire, il vit son rêve par procuration. Juré, il l’appelle au moins 3 fois par jour « T’as choisi quoi comme chanson ? » « Je te dis de chanter ça, c’est beaucoup mieux », il s’imagine déjà comme agent de Naomi Azran, la nouvelle étoile montante franco-israélienne. Il parle d’eurovision, vision d’horreur si jamais elle est éliminée.

Si je peux donner mon avis, pour avoir vu déjà quelques émissions de chant ici en Israël, je peux me risquer à dire qu’il n’y a pas énormément de variété, beaucoup de « mizrahi », d’oriental, ça semble plaire. C’est un petit pays aussi alors les chances sont plus grandes. Et les gens semblent vraiment apprécier la musique. En France c’est tellement commun, tellement fréquent. On ne compte même plus les télé-crochets, La Nouvelle Star, The Voice, Incroyable Talent, PopStar (qui avouons-le n’aurait pas dû revenir), idem pour Star Academy, X Factor, The Cover… Bref, tout le monde veut chanter.
Je disais toujours à ma sœur « C’est pas faute de vouloir, mais c’est plutôt naïf de croire qu’on peut réussir aujourd’hui dans la musique ». En plus c’est mort, on a Tal maintenant. En France, c’est très conservateur vous remarquerez, c’était avant que les chanteurs avaient une chance de percer grâce aux émissions TV : Jenifer, Amel Bent, Christophe Willem… Sinon on garde les anciens et on leur fait des émissions hommage.

Alors quand ma sœur m’a dit « je suis prise à Rising Star », quelqu’un l’a repéré chanter dans la rue et l’a recommandé, je me suis dit « ok, elle a des chances, je peux m’emballer un peu ».
Déjà parce que son style est différent des autres et qu’il ne faut pas se mentir, elle a une voix qui déchire sa race (objectivité maximale même si c’est ma sœur).
Quoi qu’il en soit, je la vois chanter et se trémousser et je pense « Je vais la rejoindre et la soutenir, ça y est c’est une reusta ma reuss ». Même moi j’y ai cru.

Mardi, j’arrive à Jérusalem avec mon père, sa copine et ma petite sœur, on est tous sûrs qu’elle va passer, c’est une évidence pour tout le monde.
Elle va chanter « Drunk in Love » de Beyoncé, en plus elle fait une choré, je l’ai vu répéter, elle prend des risques mais ça paye.
Elle est moulée de la tête aux pieds d’une robe en cuir noir, ses cheveux sont bouclés et figés par la laque et son maquillage est ma-gni-fyque. Déjà j’ai mal au ventre pour elle, je suis plus en stress qu’elle.

On nous appelle en plateau, elle passe en premier.
Mon père dit « c’est une chance », j’en suis moins convaincue mais on verra.
On nous précise bien d’applaudir, « non, non conasse je vais huer ma sœur », de montrer notre enthousiasme, après tout ça reste du divertissement.
Le mur se lève et le décompte retentit (je le hais ce truc, ça met une angoisse 2000).
Je suis au bout du rouleau, je sue déjà.

Le tableau est digne d’un show à l’américaine, ses danseurs la portent, elle commence à chanter.
Je suis à fond, je ne peux pas m’empêcher de chanter avec elle, de mimer les pas de sa chorégraphie que je l’ai vue répéter 100 fois. Je vois le rendu de toutes ces heures où elle m’a soulée avec « We’ll be all night in loooooooooooove ». Je souris, je danse, on kiffe tous.

J’ai oublié de préciser qu’elle est en battle contre un groupe de Drag Queens qui chante « Tel Aviv Habibi Tel Aviv », un chef d’œuvre du répertoire israélien.

Sa prestation est terminée, elle est à bout de souffle, elle s’est donnée, elle a fait le show.
On va être honnête, ce n’était pas sa meilleure performance, mais c’est la seule à avoir mouillé la chemise comme on dit.
Elle a dansé et chanté en même temps, elle était hissée sur des talons que rien que tu les regardes tu te foules la cheville ET elle a repris du Beyonce…

Je ne comprends pas bien toutes les règles du jeu mais je vois qu’elle n’a reçu que 39% des voix du public. Le jury parle, évidemment je ne comprends qu’un mot sur 12, je crois qu’elle aussi.
Mais dans ce « charabia » je comprends « a rikoud lo yaffe, a chir lo tova ». Je m’insurge, je m’en fous des caméras, j’insulte probablement tout le monde dans mon micro que j’ai déjà oublié.
Verdict 3 rouges et un bleu de Mokee. D’ailleurs petit aparté pour dire que j’adore ce gars, je ne sais pas vraiment ce qu’il fait exactement, mais je le trouve en décalage avec le programme et sévère mais souvent juste. Et maintenant je l’aime plus encore car c’est le seul à avoir défendu ma sœur. Son vote ajoute 10% au score final, ce qui lui fait seulement 49%.

Les Drag Queens devront donc dépasser son pourcentage.

Ma sœur nous rejoint tout sourire, elle me demande comment c’était je lui dis « T’as assuré », elle n’est pas sûre mais on reste confiant même si on ne comprend pas trop ce qu’il se passe.
La deuxième prestation commence, il chante presque à Capella le premier refrain et après la musique part. Les gens dansent, ça a l’air de les éclater. Ma sœur est fair play, elle chante aussi. Je fais mine de chanter avec elle mais je flippe, je pense qu’elle aussi.

Et là scandale, le mur se lève, ils ont gagné. C’est la stupéfaction, je me dis qu’il y aura un retournement, quelque chose.

Mon visage ne ment plus, je suis écœurée.

Ne vous méprenez pas, je n’ai rien contre ce garçon.
Mais n’importe qui de sensé vous dira que ce n’est pas normal. C’est un concours de chant et ce qu’on a vu c’était une chanson de karaoké interprétée dans un bar un samedi soir… Ce n’est pas moi qu’il l’ai dit mais Mokee.
Il admet que ce n’était pas le meilleur choix de chanson pour Naomi, ni sa meilleure prestation mais que le chemin qu’elle avait fait était remarquable et qu’au contraire le chemin de Kiara (son adversaire) était toujours le même, ce n’était donc pas comparable.

Ma sœur garde le sourire, félicite le gagnant et repart en coulisses. Les gens dans le public m’interpellent, me disent « elle chantait bien mieux ». Assi, le présentateur lui dit même que c’est n’importe quoi, c’est à peine croyable.
Il y a une dernière chance qu’elle soit repêchée mais plus personne n’y croit. On était tellement confiants que maintenant on ne voulait plus rien dire, rien espérer.

Voilà une journée entière qu’on attend patiemment dans ce hall, qu’on se les pèle, qu’on a faim, qu’on n’en peut plus.

Les familles des gagnants sont parties depuis longtemps, nous on est sur le banc des « en attendant d’être perdants ». On croise Harel Skaat, il parle comme si tout était déjà joué, d’ailleurs tout est surement déjà joué. Il dit « tu t’es bien battue, mais pourquoi t’as choisi cette chanson, est- ce que t’es déçue ? Continue à chanter ». Ah très bien…

Les 8 candidats éliminés sont appelés sur scène, on attend le résultat, la télé est en mute, je m’énerve, je ne comprends rien. Elle n’est pas sauvée.
Ce qui m’énerve en fait, ce n’est pas qu’elle ait perdu, c’est que le combat n’était pas juste. Elle a perdu contre un gimmick, contre une mise en scène. Si elle avait affronté n’importe quel autre candidat, j’aurais pu dire « D’accord, c’était justifié ».

Après tout, c’est le jeu.
Vous verrez les images, et jugerez par vous-mêmes…

Danielle Azran

Danielle Azran

Née à Petah-Tikva (Petah Ti-Quoi ?), vivant actuellement au fin fond d'une cambrousse ignorée de tous (si je vous disais le nom, vous ne me croiriez pas), les appellations étranges me collent à la peau.
D’ailleurs je m’appelle Danielle, preuve que mes parents n’ont pas voulu me laisser de chance. Trêve de plaisanteries, je suis Danielle, européennes aux manières précieuses, Israélienne dans la nonchalance, vous l’aurez compris… Partagée, indécise, le cul entre deux cultures. Pourquoi choisir ?
Danielle Azran

Laisser un commentaire