On ne devient israélien(ne) qu’en devenant une crocstar !

Oriane

ORIANE

Les Amis, le Ministère de l’immigration et de l’intégration vous a menti. Pour devenir israélien, oubliez donc les formalités administratives et croyez mon expérience. Vous verrez, lorsque je vous aurais donné les clés pour devenir un-e vrai-e israélien-ne, le regard que l’on vous portera sera différent.

Il y a deux étapes fondamentales dans votre vie qui vous feront devenir israélien-ne. Mais attention, ces étapes sont extrêmement difficiles à franchir, particulièrement pour ceux d’entre nous venus de France : pays du chic et de l’élégance…

Je vais vous raconter comment j’ai franchi ces deux caps dans ma vie. Mais soyez indulgents, car cet article a été écrit avec beaucoup d’émotion et de souvenirs parfois douloureux…

 


ETAPE 1

Tout a commencé en cette soirée d’Halloween 2012 où j’étais arrivée déguisée avec de hauts talons (rien que de penser qu’à l’époque je portais encore des talons me fait rire). Après une folle nuit à danser, je m’écroulais. Mes pieds avaient besoin de repos. Par inadvertance, mes pieds se glissèrent dans ces horribles choses en plastique qui gisaient sur le sol. Des Crocs, vertes kaki, taille 52. Et là, stupeur ! Ce fut la révélation. Mes pieds abîmés et endoloris prenaient tant de plaisir sur ce nuage de plastique, ils ronronnaient de bonheur et surtout de confort. Ce jour-là, j’ai compris. Parce qu’il faut le dire, avant cette soirée, porter des Crocs était tout bonnement impensable.

En effet, je ne saurais vous exprimer mon effroi lorsque je suis arrivée les premiers jours à l’université en Israël. Comment était-ce possible ? C’était un cauchemar, ils étaient des milliers à porter ces atrocités de plastique : roses, bleues, vertes, jaunes, noires, et certains même avec des Jibbitz (pour les non-connaisseurs, ce sont ces espèces de petits pins tous plus ridicules les uns que les autres, que l’on peut acheter et accrocher dans les trous des crocs pour les customiser)…

Bref, je me rappelle m’être promis de ne jamais en porter. Pourtant, après cette soirée, ma vie a changé. J’avais compris : ces chaussures difformes sont d’un confort absolu, et après tout elles peuvent même être un poil sexy non ?!

Quelques jours après cette soirée d’Halloween, on m’offrait une paire de crocs bleues qui m’accompagnent jour après jour depuis maintenant trois ans.

Quelques mois plus tard, je me suis offert une paire de Blundstone, vous savez ces boots que vous voyez à tous les coins de rues, tous les mètres en Israël. Mais à vrai dire, je ne considère pas cela comme une vraie étape pour devenir israélien, car tout le monde en a aujourd’hui ! L’étape cruciale est arrivée bien plus tard, il y a à peine quelques semaines. Même dans mes pires cauchemars cela ne serait pas arrivé, pourtant… j’ai franchi le cap.


 

ETAPE 2

Alors certes, j’avais cédé aux Crocs mais il n’en demeurait pas moins que j’avais encore assez de goût pour ne pas céder aux shoresh ! Car elles aussi, elles sont partout ces sandales de touriste allemand, les chaussures de randonneurs sans aucune élégance. Les israélien-ne-s les portent dans toutes les conditions : au travail, en randonnée, pour se baigner, à des mariages (oui, c’est vrai), lors de leur premier date…

Comme les crocs, ce sont des chaussures qui garantissent un confort total, mais qui font vraiment (vraiment) blaireau. Les sandales à scratchs peuvent être bleues, violettes, rouges, roses, vertes… une fois de plus pour tous les goûts. La plateforme en plastique noir n’a aucune forme, car ce qui prime en Israël, c’est l’esprit pratique !

Bref, les Shoresh aussi, je m’étais promis de ne jamais en porter. Je me disais que ces chaussures de blaireau ne s’accorderaient jamais avec mes jolis pieds ! Même si je le voulais, ça ne pourrait pas m’aller. Puis un jour, j’ai eu déclic, mon regard a changé sur ces chaussures. J’ai commencé à les trouver sexy, jolies, élégantes et pratiques. Ce fantasme secret de porter des Shoresh a commencé à me ronger. Puis comme une coïncidence, alors que je préparais ce voyage prolongé dans le désert, j’ai commencé à songer à acheter des shoresh. «Non mais c’est juste pour ce voyage, je n’ai pas le choix, dans le désert c’est essentiel » disais-je à mes ami-e-s peu emballés par cette idée… En réalité, je les adorais, et ce trip était une bonne excuse pour accomplir mon rêve. Alors un samedi soir, à peine shabbat sorti, je me suis rendue sur un coup de tête au centre Dizengoff. Je les ai trouvées et ce fut une révélation. Je les enfilais délicatement, la plante de mes pieds effleurait alors le plastique noir, puis je venais fermer les scratchs… elles étaient miennes ! Leur jolie couleur rouge habillait si bien mes pieds. Ni une ni deux, j’ai sorti mon porte-monnaie, et contre mon gré, me voilà devenue israélienne.

 

Parce que jusqu’au bout des pieds, être israélien c’est avant tout une mentalité, un état d’esprit. C’est faire primer le confort et l’utile. C’est rester simple en toute circonstance. Etre israélien c’est ne pas s’arrêter à une paire de chaussures pour juger quelqu’un. Ça vous paraît idiot ? Et pourtant, on s’arrête encore un peu trop à ce genre de détail en France. Parce qu’après tout, qu’est-ce que l’on en a à foutre que celui-ci porte des crocs et celle-là des Louboutin ?

Aujourd’hui, je porte mes shoresh tous les jours et sans regret. Et je me sens bien ! Maintenant on me prend pour la madriha de groupes de touristes quand je porte mon sac à dos, on me demande de l’aide dans la rue, et surtout un taxi ne tentera plus jamais de m’arnaquer ! Oh oui, je suis devenue une vraie israélienne. Oublions donc les cartes d’identité, les passeports et autres détails de la citoyenneté israélienne ! Etre israélien, ça passe par des Crocs et des Shoresh, et si c’est Roots qui le dit, c’est que c’est vrai…

 

Oriane

Oriane

Etudiante franco-israélienne à Sciences Po, pour moi, Israël, c’est plus qu’une destination de vacances, c’est une passion. Je suis tombée éperdument amoureuse du sud d’Israël, du Néguev, son immensité et son silence criant. J'ai étudié à Beersheva, à l’université Ben Gurion. Beersheva ? Mais qu’est-ce que je suis allée foutre là-bas… Allez comprendre, la chaleur aride et les tempêtes de sable, je préfère ça à l’humidité Tel Avivi, mais aussi le vivre-ensemble qui anime cette ville si différente des autres cités israéliennes.
Je suis musicienne et chanteuse à mes heures perdues, vous pourrez sûrement me croiser aux open mic’ de Tel Aviv, Jerusalem ou Beersheva. Vous l’aurez compris, artiste torturée, je philosophe (un peu trop) et joue des mots pour faire passer des messages, pour transmettre ce que je considère comme crucial.
Oriane

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