Putain, il faisait tellement beau et bon ! Une soirée à se faire une terrasse…

Franck Attia

FRANCK ATTIA

J’ai vu et j’ai lu. Depuis vendredi dernier, il y a une semaine exactement, comme beaucoup, j’ai lu, vu, regardé, écouté, parlé.

J’ai lu des portraits de survivants. Des portraits à pleurer. Des hommages saisissants comme celui de cet homme qui a perdu sa femme. (« Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. »)

J’ai vu ce selfie d’un couple gobelet de bière à la main au Bataclan avant que le concert ne commence. Lui n’est plus.

J’ai lu ce témoignage de Louise, qui était au Bataclan, qui décrit d’une façon si incrédule, naturelle ce qu’elle a vécu, tout en réussissant à faire de l’humour. (« J’ai beaucoup envie de faire des blagues. J’ai aussi toujours envie d’aller aux toilettes (depuis avant le concert, merci la bière) et pour y aller, il faut passer devant des morts. Alors j’ai moyen envie. »)

J’ai vu les clichés de ce photographe accrédité qui a mis à disposition ses photos prises quelques minutes avant le carnage au Bataclan. Sur certaines, on voit le public, mains levées, insouciant.

J’ai lu le destin de cette mexicaine au visage doux, Michelli Gil Jaimez, décédée rue de Charonne.

J’ai lu une interview d’un chirurgien de l’hôpital militaire Bégin qui a recueilli de nombreux blessés et qui évoque des « plaies tirées à bout portant, voire à bout touchant. »

J’ai vu aussi cette vidéo tournée par un journaliste du Monde qui habite dans le passage Saint-Pierre Amelot. Et surtout la vidéo de son interview où il raconte comment il est descendu aider et qu’il a sauvé une personne et a été blessé. Il y prononce rapidement, humblement cette phrase « On sauve une vie, on sauve l’humanité ».

J’ai relayé l’hommage du groupe Fauve, véritables enfants du Bataclan comme d’autres l’étaient du rock.

J’ai vu la vidéo d’un présentateur d’un show US qui, après quelques clichés sur la France, glorifie notre art de vivre et les… croquembouches.

J’ai vu cette séquence vidéo réjouissante de Mister Five. (« Hé les terroristes, allez boire un bon whisky, fumer un gros joint, et surtout, niquez vos mères »)

J’ai parlé avec ce voisin dont la cour d’immeuble a été utilisée comme premier poste de secours pour les blessés. Tous les habitants de son immeuble se sont ensuite retrouvés dans la cour la nuit pour essuyer, laver le sang afin que leurs enfants ne soient pas choqués le lendemain matin.

J’ai ri devant ce dessin où des avions de chasse français bombardent Raqqa de notre ignoble Beaujolais, arme de destruction massive.

J’ai ri aussi de cet imbécile qui arrive devant chez lui à Saint-Denis en tentant de justifier qu’il ne savait pas qu’il hébergeait des terroristes. J’ai moins ri quand j’ai appris qu’il avait tué quelqu’un il y a quelques années et que je me demande, comme beaucoup, comment se fait-il qu’il soit libre.

J’ai entendu cette chronique ce matin de François Morel sur Inter, une ode à Paris et à la vie : NE RENONCEZ A RIEN !

Je me suis senti proche de ce journaliste des Inrocks né en 1972 et père de deux filles. Sa dernière critique aura été consacrée à l’album des Eagles of Death Metal.

J’ai même écouté, pour la première fois, la chronique de Canteloup sur Europe 1. J’ai trouvé qu’il s’en sortait bien. Même si j’ai un faible pour celles de Charline Vanhoenacker bière à la main et de Sophia Aram.

J’ai vu ce père qui a interpellé le premier ministre Manuel Valls parce qu’il n’avait pas de nouvelles de sa fille qui était au Bataclan. Et qui n’a pas survécu.

J’ai lu le tweet dégueulasse d’Onfray le soir même des attentats. (« Droite et gauche qui ont internationalement semé la guerre contre l’islam politique récoltent nationalement la guerre de l’islam politique. »)

J’ai lu la lettre orgiaque de Serge Hazanavicius adressée aux Daechois et Daechoises. (« On aime bien lécher le sexe des femmes. Pas tous, sûrement, mais beaucoup d’entre nous. Et les fesses et le cul, aussi. Là aussi, pas tous, mais bon. Et les femmes aiment bien faire des fellations. On appelle ça des pipes. C’est très agréable. Bien sûr là aussi, toutes les filles n’aiment pas ça, et on ne force personne, mais ça se fait. »)

Etc etc.

Vendredi soir dernier, il y a une semaine exactement, je rentrais d’un rapide repas en famille. Il était 20h30 quand je suis arrivé chez moi après être passé devant le Bataclan. Putain, il faisait tellement beau et bon ! Une soirée à se faire une terrasse ou un concert. Depuis il fait froid, gris et rage.

 

Franck Attia

Franck Attia

Décrypte l’actualité. Donc décrypte de plus en plus un monde dans lequel je ne me reconnais pas. Mais refuse tout déclinisme, fatalisme et truisme. J’écris ce que je suis. L’inverse marche aussi. Parmi mes mots favoris, beaucoup de gros mots, dans toutes les langues.
Franck Attia

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