NOYA

Partir vivre en Israël, tout quitter pour une nouvelle vie, c’est un sacré projet. Et c’est pas facile.
Le choc des cultures est assez violent et il faut du temps pour s’intégrer à cette nouvelle société.

Avec les jours, les semaines et les mois qui passent, tu arrives à prendre quelques bonnes habitudes d’ici et oublier les anciennes de là-bas.
Forcément, tu te réjouis de ce grand pas en avant, mais il arrive toujours un moment où tu te rends compte que, malgré tout, tu as encore beaucoup de culture française qui te colle à la peau. La preuve :

Tu sais lire et écrire en hébreu
… mais il t’arrive encore d’écrire fé sofite à la place de tsadi sofite (faut dire qu’ils se ressemblent tellement, ces deux-là aussi !)

Tu as un rouleau de PQ dans ton sac et tu as compris à quel point c’est pratique en toutes circonstances 
… mais tu as toujours un temps d’hésitation avant de le sortir 

Tu couches le premier soir
… mais ? Qui ? Quoi ? Jamais, enfin ! Ça va pas la tête ?

Tu arrives enfin à te repérer avec les bus
… mais tu ne t’es toujours pas habitué(e) aux chauffeurs 

À la plage, tu sais qu’il faut mettre tes tongs face contre sable pour ne pas te cramer les pieds quand tu les remets
… mais tu oublies de le faire à chaque fois

D’ailleurs, tu as arrêté d’aller à la plage, c’est un truc de touristes 
… en même temps c’est normal, tu habites dans les terres 

Tu parles en hébreu au chauffeur de bus
… mais il te répond en français  

Tu arrives à parler aux gens sans dire bonjour, s’il vous plaît, et merci. Quelle satisfaction de ne plus être aimable !
… mais tu n’as toujours pas réussi à t’empêcher de leur sourire

Tu appelles tout le monde “Motek”
… même la nana au guichet du Misrad Hapnim

Tu parles en hébreu au chauffeur de bus 
… mais il te répond en anglais 

Tu ne fais plus la queue, tu doubles, comme tout le monde
… mais le soir tu t’auto-flagelles d’avoir ainsi transgressé les règles de la bienséance 

Tu arrives à manger salé au petit-déjeuner 
… mais tu as quand même besoin de ton chocolat chaud (ou froid) après ton houmous

Tu parles en hébreu au mec de la makolette
… mais il te répond en russe

D’ailleurs, tu parles un peu russe !
… mais c’est juste pour pouvoir être ami avec les fayots de l’oulpan 

Quand tu ne sais pas quoi manger, tu ouvres machinalement un paquet de Bambas
… mais que tu fais passer avec une gorgée d’Evian

Game over… même joueur joue encore ! Allez, encore quelques mois et tu y arriveras. Bonne chance !

 

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