Comment j’ai fait gagner mon candidat grâce à mon smartphone

Charlotte Ninio

CHARLOTTE NINIO


A défaut de voir votre candidat favori gagner pour de vrai, vous pouvez le faire gagner sur votre smartphone, et c’est déjà ça !

C’est la course, la course, la course!!!!

C’est la course pour plus de votes, pour plus de sièges, pour plus de popularité.

Au fur et à mesure que la date butoir approche, l’intensité des élections s’accroit, les coups bas et attaques personnelles prennent le pas sur le débat idéologique.

C’est tellement la course que nous pouvons trouver une application: « courir pour les élections » (en hébreu רצים לבחירות!) sur smartphone. Il faut quand même noter que cette application est placée en position 15 des téléchargements en Israël. Mais de quoi s’agit-il ?

Le but du jeu est très simple : gagner les élections, pour cela huit candidats s’affrontent sous la forme d’une course où il faut chopper le plus de voix et éviter les pièges (le dossier iranien étant le piège le plus récurrent).

J’ai fait le test avec tous les candidats, et je garderai sous silence le candidat qui m’a porté bonheur !

 


J’ai commencé par Bibi, et oui je suis conservatrice à mes heures. Première surprise en cliquant sur le bonhomme représentant Netanyahu, ce dernier entonne un « Od Pam Ani » (« Moi encore une fois »). Cette petite phrase résume toute la position de Bibi pour ces élections.

– Sa qualité principale : son expérience, au pouvoir depuis 2009 (second mandat), il a gagné la confiance d’une partie de l’électorat, malgré un status quo connu et reconnu. Ses électeurs saluent sa stature de leader, son charisme politique est sa principale force. 

– Le gros point sombre est l’absence de programme de ce dernier. Impossible de trouver en ligne (ou quelque part d’autre) un résumé de ses réformes pour le futur mandat.

 


Ensuite, j’ai continué à droite, Benett (HaBait Hayehudi) entonne lui une phrase dont la traduction est très imagée « Naftali peut faire claquer des portes tournantes », sous entendu qu’il est capable de tout, du meilleur selon lui.

 

A l’opposé de son concurrent du Likud, son programme est très clair, et est résumé dans une vidéo ou l’infantilisation du spectateur est un peu agaçante. Avec une gomme et un crayon une personne nous explique clairement qu’Israël doit annexer la zone C de la Cisjordanie en contrepartie d’une libre circulation des palestiniens dans les zones A et B.

  • Le point fort de Bennett : son dynamisme, sa grande-gueule (et oui ça compte en politique), sa présence humaine sur tous les fronts et sa réussite. Sa stratégie de communication est rodée, en anglais, en français, il est partout, son groupe Facebook en français est celui qui comptabilise le plus de Like.
  • Point faible : pour gagner des votes, il n’hésite pas à diviser la société israélienne. Son dernier clip en est la parfaite illustration, déguisé en hipster tel avivi, il caricature une gauche qui s’excuserait de tout, la stigmatisant et l’excluant complétement de son électorat. Néanmoins sa vision enjolivée de Tel-Aviv est devenue mon fantasme, personnellement je n’ai jamais rencontré un tel avivi s’excuser gratuitement pour quelque chose qu’il n’avait pas fait !

 


BUJI/LIVNI clament « Mi rats Hayom ?» (Qui court aujourd’hui ?)!!! Le personnage certainement le plus drôle; double face, un seul corps, deux visages. Cette question légèrement naïve souligne la problématique principale de cette coalition : comment les deux têtes de liste vont réussir à se partager le pouvoir une fois élues ?

 

– Principale qualité : présence d’un programme socio-économique sérieux et mise en place d’une large coalition autour de l’Union Sioniste. Leur slogan : « C’est nous ou lui » illustre parfaitement leur position. Meretz a déjà annoncé leur alliance avec le parti en cas de victoire.

– Défaut : la position de Livni est délicate, passant pour une opportuniste, prête à tout pour arriver au pouvoir. Connue pour avoir commencé sa carrière au Likud, puis pour l’avoir quitté afin de rejoindre Kadima, puis Hatnua, et maintenant elle se situe à gauche.

 


Lapid (Iech Atid) murmure un très distinct « Eifo Ha Kesef ? », littéralement « Ou est l’argent ? » A chaque fois que je vois Lapid, j’ai l’impression qu’il va essayer de me vendre des capsules de café en me soufflant à l’oreille « What else ! ». Mis à part ce détail personnel, Lapid vogue sur sa popularité.

 

– Son site web est définitivement un point fort : clair, imagé, efficace, il résume les réformes accomplies et celles en attente.

– Point faible : son assurance à outrance qui frôle l’arrogance, sa position à taper constamment sur les orthodoxes.

 


Gal On (Meretz) sans surprise blâme l’occupation, Dery (Shas) veut retourner aux traditions, Lieberman (Israel Beitenu) est incompréhensible, et  Kahlon (Kulanu nouveau parti) s’en prend aux monopoles.

 


Ah oui j’ai failli oublier l’un des personnages clés de ce jeu et de surcroit des élections : celui qui ne sait pas poser la question (référence directe à notre chère Hagadah de Pessah’). Le point d’interrogation, lui aussi court pour les élections, avec un slogan bien trouvé : « Koulam oto davar » (c’est tout le monde pareil !)

 


Et vous, vous en pensez quoi ? Est ce que c’est réellement tout le monde pareil ? Et la question la plus importante, allez-vous courir pour les élections ? Et si oui, avec qui ?

A voter (et à vos téléchargements) !

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Charlotte Ninio

Charlotte Ninio

J’ai grandi à Paris, la plus belle de toutes. Puis un jour j’ai décidé de la quitter, sans donner d’explications, je suis partie. Elle a tout fait pour me retenir, oui, elle est un peu plus belle chaque jour, mais j’avais fait mon choix, un nouvel amour, Tel-Aviv. Depuis je vagabonde, je contemple, je découvre, j’apprends, je m’énerve et m’émerveille. Un voyage initiatique. Israélo-Parisienne, je suis aussi un conflit. Ah j’oubliais, je ne suis pas seulement rêveuse mais également titulaire d’un master en sciences politiques.
Charlotte Ninio

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