Tel Aviv, Ya Habibi, Tel Aviv

Lauriane

LAURIANE ITOUA

Lieu du séjour : Appartement près de Frishman, à deux pas de la plage

Rapport Qualité/Prix : Très bien si t’es plusieurs

Hôtes : Lior, un jeune israélien

Autres figurants : Tes voisins touristes américains et très bruyants

Repas : Pita, tehina, houmous, café maison, chicha maison, fruits et légumes du shuk HaCarmel (pas cher et excellents)


 

Tu te retrouves à la rue avec tes valises devant la porte de ton logement de vacances, tu frappes à une porte au pif pour demander de l’aide à un enfant de 9 ans qui parle mieux anglais que toi. Tu te fais secourir par deux étudiantes trilingues qui passent de l’hébreu à l’italien puis de l’italien à l’anglais comme toi tu passes du français au français. Elles appellent le proprio, te traduisent la conversation, t’indiquent où est cachée ta clé et te sauvent la vie. Ajoutent un truc en Français pour te complexer un peu plus. Quand elles te disent que ça fait qu’un an qu’elles sont là et qu’elles viennent de Milan et d’Amsterdam, c’est le coup de grâce. Tu te dis qu’en rentrant en France, le premier truc que tu feras c’est t’inscrire à Wall Street Institute.

 

Le propriétaire qui a caché la clé de la location dans le barbecue bosse pour une start-up qui crée des liens entre Israéliens et Palestiniens afin de travailler ensemble. Tu lui dis « It’s very good ! », il répond « I think it’s important ».

 

On te demande en mariage : un jeune israélien qui bosse sur le Shuk HaCarmel à Tel Aviv. C’est pas sérieux : tu as au moins dix ans de plus que lui mais ça te fait sourire, même à l’autre bout du monde tu ne fais pas ton âge.

 

Tu passes une nuit à te perdre dans les rues de Tel Aviv. Tu marches pendant des heures. Y’a un truc magique dans l’air. Une sorte de drogue que tout le monde semble avoir prise. Tu as ta dose aussi, merci au Dealer. C’est un pur kiff, un mélange de shit, de coke et de LSD. Un truc qui te fait planer, qui te donne envie de vivre tout instantanément et qui te fait voir des trucs qui te font halluciner. Les gosses, les jeunes, les vieux, même les chiens sont tatoués « Carpe Diem » : on est jeudi soir et demain c’est Shabbat.

 

Tu croises deux russes complètement bourrées, tu leur demandes ton chemin, elles te disent n’importe quoi, ça te rappelle Paris.

 

Tu vois des mecs marcher main dans la main, tu oublies que t’es en plein cœur du Moyen-Orient.

 

Vers 2h du mat dans une rue sombre et vide (une des seules ce soir là), un mec se tape l’incruste dans ta promenade solitaire. Tu discutes un peu, il te branche. Au bout d’une demie-heure, tu lui dis « J’ai envie de marcher toute seule maintenant » dans un anglais niveau 6ème, il change de trottoir sans faire d’histoires. Du coup tu le trouves sympa.

Au Mcdo de Rottschild Boulevard, une nana oublie son sac à main sur une table. Personne ne le prend. Elle vient le chercher plus tard comme si de rien n’était.

 

Sur la terrasse une fratrie de sept chatons s’invitent à ta table et partagent tes frites, tu rigoles toute seule et tous les passants viennent rire avec toi. Ils rigolent en anglais, en russe, en hébreu, tu leur souris en français.

 

Cette nuit-là tu ne fais d’extraordinaire, mais tout autour de toi l’es. Si tu n’y étais pas allée, tu n’aurai jamais su, les médias ne te l’auraient pas dit. Tu n’aurais jamais su que c’était « possible ».

 

Tu tombes sur un chauffeur de shirout énervé. Il te fait flipper, tu le prends pour toi. Tu repenses à ce chauffeur de taxi qui t’a jetée de son taxi à 2 heures du matin quelque part dans Milan parce qu’il te manquait 2 euros pour le payer. Tu te dis que ça doit faire partie du métier. Tu t’assois à l’avant et toutes les personnes qui sont derrière toi se font passer la monnaie de main en main pour que tu les donnes au chauffeur. Va savoir pourquoi, tu trouves ça beau. Ca veut dire quelque chose comme : « on est ensemble ».

 

Tu vois plus de noirs à Tel Aviv que dans ton quartier à Paris. Bon, t’habites pas à Barbès non plus mais même.

 

T’allumes pas ta clope sur le quai de la gare alors que t’as 1 heure et demie d’attente, l’angoisse. Pas parce que c’est interdit mais parce que.. tu ne sais pas pourquoi, peut-être juste par respect, parce que tu te sens respectée là-bas. En plus tu te dis que t’as déjà volée trois cailloux, faut pas pousser.

 

A l’aéroport : là t’es carrément sur un plateau de tournage des Experts et t’as presque envie de sortir ta caméra. Ta copine hôtesse de l’air te glisse à l’oreille : « c’est l’aéroport le plus sécurisé du monde ! ». Quand tu passes trois heures à regarder les agents inspecter chacun de tes Granolas, tu confirmes. T’as le droit à la totale : fouille au corps en cabine, interrogatoire sur l’origine des prénoms de tes parents, on te pose de fausses question mais toi tu donnes de vraies réponses. T’as eu envie d’avouer que t’avais AUSSI pris un bloc de sel à la Mer Morte ! Quand t’as entendu résonner la sirène d’alerte à la bombe dans l’aéroport, tu t’es dis c’est bon c’est la fin, tout va péter, Maman je t’aime.

 

Arrivée à la Gare de Lyon à Paris (vivante donc), un mec qui fait la manche te taxe une clope, vous discutez deux minutes. Il s’appelle Mehdi. Il te demande d’où tu viens avec ta valise. Tu lui dis de Tel Aviv. Il te répond : Tel Aviv, c’est comme Paris mais avec le soleil en plus c’est tout. Tu lui dis : « un peu plus que ça en fait ». Tu souris, tu n’ajoutes rien. Israël, c’est comme une histoire d’amour, t’as beau essayer de raconter, y’a que toi qui sait ce que t’as ressenti la première fois que tu l’as rencontrée.

 

Tu arrives chez toi, tu ouvres la fenêtre. Tu entends hurler « Israël Assassin ! Israël Assassin ! ». Tu refermes la fenêtre. Tu poses sur une étagère les trois morceaux d’Israël que tu as ramassés comme pour lui dire : je pense à toi.

 

Plus fort qu’une grosse production américaine, tout Israël s’est mis d’accord pour t’en mettre plein les yeux, plein le coeur.

Lauriane

Lauriane

Globetrotteuse virtuelle née à Léningrad en ex-URSS, je conseille les touristes sur des destinations qui me sont inconnues et je donne des cours de communication à des milliers d’internautes auxquels je n’oserai jamais parler. « Nègre littéraire 2.0», j’écris sur tout , tous les jours et surtout sur ce que je ne connais pas. Venue d’ailleurs et de très loin, j’irais ailleurs, j’espère aussi loin. Graphiste congolaise célèbre à Owando et webdesigner bulgare reconnue à Dimitrovgrad, j’attends de mourir pour vivre de mes peintures. Autodidacte, j’apprends, je digère et je partage tout ce que j’ai appris. Mon kiff : regarder les termes de recherche tapés sur Google. A chaque fois la même question : POURQUOI  ? D’après mes statistiques, les antisémites sont les plus doués à ce jeu-là, je pense même à publier un collector.
Lauriane

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