Vous souriez bêtement ? Vous souffrez d’Angéisraélisme, et c’est bon !

Franck Médioni

FRANCK MEDIONI

Connais-tu l’angélisme ? C’est cette propension un peu naïve (pour ne pas dire niaise) à voir le verre à moitié plein, ou complètement plein, lorsqu’il n’y a plus qu’un fond de Barkan ou de Récanati dans le cul de ce dernier… Et bien il y a plus grave (quoi que) : l’Angéisraélisme !

Selon le Haïm-Roots (l’équivalent Roots, du dictionnaire médical Vidal), voici la définition de cette pathologie :
Angéisraélisme : n-c. masc. Loc. composée d’angélisme et d’Israël.
Symptômes et manifestations : lors d’un voyage d’agrément (plus communément appelé vacances) depuis la diaspora pour Israël, le patient de confession juive a tendance à sourire béatement quelques jours avant son départ. Les symptômes s’aggravent dès le check point à l’aéroport, pour connaître leur point culminant à la plage Gordon, ou lors d’une visite au mur occidental (Kotel). Il n’est pas rare, qu’une montée d’adrénaline et de « Simhaisme » (joie suprême) suive une alerte rocket.
Traitements : Aucun traitement connu à ce jour. La rémission est totale, dès le retour en diaspora. 
Attention : L’Angéisraélisme laisse souvent place, au retour, à une « dépré Sion » !

Ben oui, c’est vrai. Nous l’avons tous connue, ou presque, cette maladie étrange, qui fait que même quand ton patron te hurle dessus, une semaine avant le départ pour Eretz… Tu le regardes bêtement, l’œil lointain, le sourire en zigzag… et tu lui réponds (enfin quelqu’un dans ton corps répond pour toi) :
« -Ah, oui, chef, désolé(e), vous avez raison ! » ou un truc dans le genre… Pourtant, ce schmock, il a tort. Et tout le reste de l’année, tu lui tiens tête, c’est tout juste si tu ne lui dis pas que c’est un schmock. Ben là, non, tu souris, tu acquiesces, tu t’inclines, tu t’excuses… Bref tu es atteint, d’Angéisraélisme. Mais je te rassure tu es ce qu’on appelle un porteur Sain(t) !

Même le billet d’Avion, a prix prohibitif que tu as réservé sur El Al, six mois plus tôt, tu trouves ça bien. Et puis de toute façon tu savais à quoi d’attendre pour le prix, parce que la pub de l’avait dit « El Al, c’est Israël ! »

Alors s’en suit toute une série de pathétiques symptômes… tu prends le taxi pour l’aéroport, parce que Uber, c’est mort. Là, quand le VTC te réclamait 20 ou 30€, le taco te demande un petit 80 €, sans avoir décroché un mot durant les 10 pauvres minutes qu’a duré le trajet. Tu sors un billet de 100 en disant « Merci, gardez tout ! » comme si tu venais de faire l’affaire du siècle et tu souris, tu es bien… Tu viens de te faire avoir de 70 €, mais c’est bon, mais c’est bien…

Tu entres dans l’Aéroport. Mieux qu’un « Point info » ou un écran défilant, des militaires avec Famas et gilet par balles t’indiquent tout naturellement le comptoir El Al… Home sweet home, ça sent déjà les vacances ! Quel bonheur. Et dire que l’an passé tu étais parti à Saint Barth et pas un seul bidas pour protéger le comptoir Air France… Et y’en a qui appellent ça des vacances paradisiaques, tu parles.

3 h d’attente au guichet, vérification des bagages. Ô joie ! Ta valise va faire l’objet d’un contrôle renforcé. « Bonjour, Shalom, vous pouvez venir par izi. Ata daber(et) ivrit… Vous parlez hébreu, nôn, pourquoi tu vas en Izraël ? Hum… tu connais une perzon là-bas. Qui ? Son nome ? Où tu vas, comment, pourquoi tu vas là-bas… Ah vacannnnces, c’est bien vacannnnces, et quelle synagogue tu visites ici (là t’as intérêt à en trouver une vite fait si tu n’y vas jamais)… La valise, c’est à toi, oui, c’est toi qui l’a faite, tout seul… etc. »
Ah put… que c’est bon tout ça !
Enfin c’est bon, c’est bon, faut pas s’emballer non plus ! Parce qu’il arrive que l’agent de sécurité te dise finalement : « C’est bon tu peux y aller ». Et là tu es un peu déçu(e), quand même… Il pourrait faire un effort. Au prix du billet El Al, le contrôle systématique de la valise ne devrait pas être en option.

Installée dans l’avion, ça commence à parler hébreu, vous entendez un « Kéviiiiiiin, Jennyfer, sur la vie de tata si vous vous tenez pas tranquiiiiilles je vous accroche aux ailes de l’avion »… C’est bon tu tiens le bon bout, tu y es presque. Dans ta tête tu entends déjà le tohu bohu du Shouk Hacarmel, tu sens la chaleur écrasante du milieu d’après-midi quand tu te fais rissoler en face du Banana Beach, tu vois le louba qui te fait mettre les téf en plein milieu du marché des artisans, t’es assis(e) et tu souris aux anges…

Une heure après, l’allégresse est presque à son comble, c’est le moment tant attendu du plateau cacher. Tu déchires le film, le plateau est scellé et pour cause : tu es devant une scène de crime. Tout vient de la-bas, tu te rends compte… de LÀ-BAS ! Tu embrasses le petit pain comme une mézouza… tout n’est que sucre, sucre, sucre, huile de palme et miel de synthèse, mais c’est CACHER et t’as rien demandé, ça c’est fait automatiquement. Même le liquide translucide goût orange de Jaffa, est un nectar, un délice… Trop forts ces Israéliens.

Atterrissage en douceur, Israël te tend les bras. Tu fais la queue pour ton visa. Dans sa guérite l’agent, gracieux et sémillant te repasse au grill. Les vacances s’annoncent vraiment bien.

Je te passe le bonheur du taxi qui te pick up pour t’emmener au centre de Tel Aviv… Là t’es pas dépaysé(e) d’avec la France.

Les jours qui suivent ressemblent à un véritable conte de fée, tout est magique, avec en vrac :

  • Les militaires israéliens, hommes et femmes confondus, que tu trouves d’une beauté rare, d’un « coolissime »
  • La bouffe de manière générale, les fruits en particulier, que tu trouves juste exceptionnels en formes, tailles, goûts. T’as jamais mangé ça ailleurs, JAMAIS !
  • Les clims qui pendouillent aux fenêtres des vieux immeubles classés Bauhaus. Toi ça te fait sourire, c’est roots, c’est moche, tu verrais ça n’importe où ailleurs tu trouverais ça honteux, mais là t’es heureux(se) et fier ! Et tu dis : « Qu’est-ce qu’ils sont cools quand même, ces Israéliens ».
  • La grosse bombonne de 5l qui recueille l’eau de condensation de la clim devant les magasins même les plus chics. T’es admiratif : « Qu’est-ce qu’ils sont malins, quand même ! »
  • Le kotel avec les religes de tous poils pour te poser les tef ou te vendre un truc, les mendiants qui te pourchassent et à qui tu donnes bien volontiers parce que ça fait du bien de se soulager les poches, c’est pour la bonne cause…
  • Et enfin, le kiffe suprême, le must, le pic de la maladie, car je te rappelle que l’Angéisraélisme est une pathologie : l’alerte Rocket. T’es chez toi au cœur d’une sieste, dans la rue en plein shopping, à la plage sur ton transat et ça démarre la sirène retentie, l’appli smartphone se déclenche (parfois plusieurs minutes après d’ailleurs) … C’est parti, tu as quelques secondes pour trouver un abri, ou te précipiter dans la cage d’escalier. Et tu te dis : « C’est bien foutu, quelle organisation ! »

T’as une pièce réservée à cet effet. Très bien ! Sauf que tu te rends compte que la porte blindée ne ferme pas, parce que le gars qui t’a loué l’appart, lui il s’en fout de la pièce abri… Pour lui, c’est une chambre comme une autre. Qu’est-ce qu’ils sont cools ces Israéliens ! Tu te sens fort et courageux, tu te sens bien, t’as partagé ça avec le peuple… et là t’entends la détonation du Kippa Berzel (Dôme de Fer), comme un ball trap géant… t’as le frisson, t’es fier ils ont encore fait un carton.

Il y a bien d’autres symptômes, mais trop pour dresser une liste exhaustive. Alors n’hésites pas à les signaler à ton médecin traitant, docteur Seligman ou Choukroun à ton retour. Il ne serait pas étonnant que tu voies ton toubib à ce moment-là verser une petite larme, car il sera surement lui aussi en pleine « dépré Sion ».

Bon ben Voilà, ces recommandations médicales faites, il ne me reste plus qu’à te dire bonnes vacances l’ami. Et surtout je te souhaite de te choper une bonne crise d’Angéisraélisme… Une affection (dans tous les sens du terme) finalement tout à fait normale !

 

 

Franck Médioni

Franck Médioni

Franck Médioni a exercé le noble métier de journaliste durant plus de 10 ans pour la presse magazine généraliste et communautaire, avant de mal tourner et de devenir Conseil en communication et concepteur rédacteur ! Son principal dilemme : il aime la pitah falafel, et la pitah le lui rend bien… trop bien !
Franck Médioni

Laisser un commentaire