Oriane
Oriane Cohen

 

Dans les trains en Israël, il n’y a pas de numéro de place. Je suis assise côté fenêtre, parce qu’en une heure de voyage en Israël, le paysage se transforme : du désert aux champs verts, en passant par les villages en bordure ou les tentes bédouines, Israël n’arrêtera jamais de me surprendre. Cet article plagierait presque Hocus Pocus, Place 54 (https://www.youtube.com/watch?v=aenFsUtzIfo), mais disons simplement que je la reprends à l’israélienne.

Je n’aime pas les gares, les aéroports, les arrêts de bus, les transports en commun de façon générale. En Israël comme en France, je m’y sens seule. Les couples se disent au revoir, les uns pleurent, les autres sont en colère. Les gares sont des non-lieux qui se ressemblent, pourtant, nous ne sommes jamais à l’abri d’une belle rencontre en ces lieux. Pour les gens comme moi, qui aiment observer, alors c’est le lieu idéal.

Il est 8h40, à la gare centrale de Be’er Sheva, un vieil homme devant moi dans la queue râle pour avoir un prix sur ses billets, deux soldats sont avachis sur un banc, et à gauche, un religieux kippa sur la tête a l’air pensif. Un homme en costume-cravate, sa petite mallette de travail à la main se rend certainement à Tel Aviv dans les bureaux des grandes tours qui surplombent la ville. Puis ce brun ténébreux en tongs, se rend certainement en bord de mer, pour profiter du soleil et de la plage. On rentre enfin dans le train, je suis une des seules civiles dans le wagon.

Un officier de police d’une cinquantaine d’années l’air sérieux porte un uniforme bleu, appartenant au corps de Tsahal, il porte également un pins qui indique qu’il a participé à la première guerre du Liban, son uniforme est orné d’écussons, ce doit être quelqu’un d’important.

Quelques rangs derrière, cinq jeunes filles en uniforme de l’armée de l’air, RayBan sur la tête, maquillage nickel, vernis soigné : elles ragotent et parlent fort, je dois avouer que ce matin, elles m’agacent.

Devant les portes du train, un jeune soldat de l’armée de Terre au téléphone, il porte une barbe, une kippa, et des papillotes. Soudain, passe devant moi un autre homme en uniforme, une trentaine d’année : lui c’est le contrôleur, avec un petit coup de vent je vois son arme à la ceinture, un révolver. “Votre ticket s’vous plaît”.

En face de moi, un homme d’un certain âge, bien en chair, le ventre lui tombe sur les cuisses, il mange des bambas et s’en fout plein la barbe. C’est une longue barbe pas très arrangée, une chose est certaine, ce n’est pas une barbe de hipster fignolée chez le barbier. Après quelques minutes nous discutons, un homme fort sympathique, professeur dans une université.

A quelques autres rangs, un gang de soldats, ils parlent fort et rigolent de leur soirée de la veille. Arrivés à Kyriat Gat, ils descendent tous avec un sac à dos qui fait environ ma taille sur le dos. Environ.

Il y a aussi un jeune couple dans l’air du temps au fond du wagon. Les amoureux parlent en arabe. La femme voilée a beaucoup de goût et elle est si joliment maquillée !

Puis des hommes, des femmes, des russes, des marocains, des éthiopiens, des étudiants, des gamines, qui lisent le quotidien, font des mots fléchés, nous font partager leurs conversations téléphoniques, écoutent de la musique, ou traînent sur Facebook. Puis il y a ces touristes en havaïanas chapeau de paille sur la tête, des travailleurs en costume…

Israël au fond, c’est un peu tout ça. C’est cette immense mixité culturelle et sociale, où l’autorité est représentée un peu partout. Une confusion entre la sphère civile et militaire est évidente, troublante, parfois elle m’énerve, parfois elle me fait juste de la peine, parfois elle me rassure. A vrai dire, je me rappelle qu’au début, cette présence me gênait, aujourd’hui, je n’y prête plus attention, toutes ces armes, ces uniformes et ornements distinctifs ne me surprennent plus. Je m’amuse plutôt à les observer pour essayer de comprendre en face de qui je me trouve. Un uniforme en dit long quand on connait la signification de chaque écusson, pins, couleur, béret, corde. Puis il y a tout le reste : quand on écoute un petit peu ce qui se passe autour de nous, on passe de l’hébreu à l’arabe, de l’anglais au russe, du français à l’espagnol. Les accents divergent. Il y en a pour tous les styles, tous les goûts, toutes les mentalités. Israël, c’est ce melting-pot, et c’est pour ça qu’on l’aime.

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