Sophie Taieb
Sophie Taieb

Ce matin, Libé titre « pourquoi il faut interdire la LDJ ». Pas « faut-il interdire la LDJ », non, pour Libé, le choix est fait.

libe ldj
D’ailleurs, en écoutant le « making of » de la maquette, les journalistes assument cette prise de position http://liberadio.goomradio.com/#2014-07-31.
Est-ce vraiment le moment ? Le jour de la manifestation de soutien à Israël, au moment où le conflit contre le hamas est au plus fort, où les morts des deux côtés ne font qu’augmenter… que signifie cette une de libé ? La LDJ d’abord. Loin de nous l’idée d’écrire leur plaidoyer. La LDJ s’est illustrée ces dernières années dans des actions violentes, et dans des comportements au cours de manifestations qui ont provoqué une levée de boucliers au sein de la communauté.
Comportements et actions hautement répréhensibles, et pour lesquels les responsables ont été punis. Néanmoins, et là-dessus nous sommes très clairs : la LDJ représente une poignée de personnes, qui, notamment depuis le début des événements, s’emploie à défendre la communauté et à protéger les lieux de cultes.
Le cœur du problème ne serait-il pas que la communauté juive a besoin de protection, plutôt que cette protection en elle-même ? Par ailleurs, regardons la France dans les yeux. Regardons les derniers événements.
Des synagogues ont été attaquées. Des tags antisémites ont été retrouvés devant des cabinets de médecins juifs. Des « descentes » ont eu lieu rue des rosiers. La LDJ a-t-elle organisé récemment des attaques à l’aveugle de musulmans ? A-t-elle diffusé des photos de la LDM, ou d’autres associations anti israël afin qu’ils puissent être corrigés à coup de barres de fer comme cela est arrivé à un sympathisant de la LDJ à Bobigny il y a 10 jours ? Est-ce que l’on peut affirmer aujourd’hui sans ciller que c’est une organisation terroriste, alors que nombre de français considèrent encore le hamas comme un mouvement de résistance ? La LDJ s’est récemment illustrée dans des actions de défense de la communauté. Qui malheureusement en a besoin. On peut se poser la question de l’opportunité de sa dissolution. Dissolution qui prendrait tout son sens si des vraies mesures étaient mises en place pour protéger la communauté. Si les personnes qui dessinaient des croix gammées étaient lourdement punies. Si les auteurs de descentes rue des rosiers n’écopaient pas que de sursis. La LDJ serait dissolue dans la joie si on n’en avait plus besoin.
Quel est l’intérêt des médias à titrer sur la LDJ, alors que l’extrême droite n’a jamais été aussi haute, les manifestations n’ont jamais été aussi violentes, et l’importation du conflit n’a jamais été aussi présente ? Des dizaines d’associations et de milices pullulent en France, des jihadistes français reviennent de Syrie et on ne se demande pas si une prochaine tuerie similaire à celle de Bruxelles va avoir lieu, mais quand et où. Alors titrer sur la dissolution, pourquoi ? Les médias ont une responsabilité grandissante dans la montée de la haine, dans la rue et sur les réseaux sociaux. Et cette une n’arrange rien. Il est temps que les médias prennent leurs responsabilités et se remettent à parler de ce qui se passe vraiment, et de ce qui est important. Et titrer sur une poignée de jeunes qui récemment se sont investis dans la défense des leurs.

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