Sophie Taieb
Sophie Taïeb

Cela fait plusieurs semaines que la tension monte à Jérusalem. Tous les jours, son lot d’attentats. Des voitures béliers, des couteaux, un bébé assassiné… Oui, depuis quelques semaines, l’intifada qui ne dit pas son nom embrase Jérusalem.

Les conversations vont bon train : est-ce que “ça” va péter au nord, avec le Hezbollah qui met le balagan dans le Golan ? Est ce qu'”ils” vont reprendre dans le sud avec les roquettes ? Est-ce que “ça” viendra de l’intérieur avec des arabes qui pètent les plombs et qui décident de viser dans le tas ? Depuis plusieurs semaines, on s’interroge, on s’engueule. A coups de billets sur divers blogs, certains appellent au départ d’Israël de tous les arabes israéliens. Certains au contraire appellent à la paix, à tout prix. Et il y a les autres, qui selon le baromètre de l’actualité, oscillent entre ces deux extrêmes.

Et puis il y a eu ce matin.

Des israéliens ont tué d’autres israéliens. Des arabes ont tué des juifs. Parce que juifs. Avec une hache. Ce matin, des hommes sont partis prier à la synagogue, et ont été massacrés par des barbares assoiffés de sang juif. Par des terroristes chauffés à blanc par leurs dirigeants irresponsables.

Aujourd’hui, j’ai entendu des amis me dire qu’ils changeaient de trottoir, qu’ils devenaient paranos, qu’ils ne prenaient plus le tram. Aujourd’hui, pour la première fois depuis cet été, j’ai entendu le fameux “t’es sure que tu ne veux pas rentrer ?”.

Encore aujourd’hui, ces connards d’Itélé laissent fleurir sur leur page des commentaires haineux de gens qui saluent la mort de trois “colons” et pleurent la mort de 2 “résistants”.

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Aujourd’hui, ces idiots de CNN se sont crus dans un match morbide en mettant en bandeau “4  israéliens morts, 2 palestiniens”. Non. C’est “4 israéliens tués par deux terroristes, eux mêmes abattus”. La nuance est importante.

Réagir, répondre, oui. Mais vous voyez le type qui après une explosion reste hébété, avec un larsen dans les oreilles, et qui n’écoute ni ne voit plus rien malgré le chaos ambiant ? Nous sommes plusieurs à être ce type aujourd’hui.

Dans 10 jours, les députés de l’assemblée nationale française vont soumettre au vote la reconnaissance d’un état palestinien. Reconnaissance qui est conditionnée par la capacité d’Israël à vivre en paix (accords d’Oslo). L’ironie et le cynisme de ce vote rajoutent une couche à la nausée qui s’est emparée de nous ce matin.

Depuis ce matin, ici et là, on entend des gens mettre dos à dos les terroristes à la hache et les “extrémistes juifs”.

Des voix s’élèvent pour que l’on soit “plus forts que ça” et qu’on “appelle à la paix”.

Pas aujourd’hui. Aujourd’hui on est en colère. On a les poings serrés. On a peur pour nos copains qui eux-mêmes ont peur pour nous. On a envie que ça s’arrête. La paix oui, mais pas à n’importe quel prix.

Aujourd’hui, c’est ahuris, hébétés que nous sommes partis travailler. Que nous faisons comme si “tout va bien”.

Merci de ne pas dire à un israélien ce qu’il doit ressentir aujourd’hui.

Merci de ne pas donner des leçons aujourd’hui.

Merci de respecter notre peine et notre colère.

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