Sophie Taieb
Sophie Taieb


Le 30 Juillet quelque chose de grand s’est déroulé sur la toile et nous tenons tout particulièrement à remercier le blog du nouvel Observateur.

En cet été 2014 rempli d’esprits affutés, nous tenons tout particulièrement à remercier une personne, un jeune étudiant parisien, vendeur au sein de la multinationale américaine Gap qui nous a pondu un somptueux et succulent article : Manifestation Israélienne, un soutien à une cause ignoble pourquoi il faut interdire la manifestation.

D’abord en voyant le titre, nous avons été surpris. Nous avons été sur son profil Facebook, site crée par un juif (peut être sioniste) et y avons découvert l’auteur dudit article, Béchir Bouderbala, charmant jeune homme dont la photo de profil laisse penser que nous avons affaire à un poète. C’est en fait juste un étudiant vendeur chez gap qui s’improvise juriste (nous y reviendrons). Parmi ses références, il cite Aimé Césaire, espérons juste qu’il ne l’a pas confondu avec le personnage de H, joué par Eric Judor, qui était chauve et rempli de blagues pas drôles.

Pour faire simple : aujourd’hui, n’importe qui donne son avis et dit n’importe quoi.

Messieurs mesdames, allez à la bibliothèque. Arrêtez le prêt à penser. Arrêtez la diarrhée mentale. Utilisez votre cerveau. Et à défaut cloisonnez vos bouches, Internet vous le rendra bien et vous pourrez retourner à vos vies. Car après tout pour passer tout l’été à manifester ou à penser à des gens dont au fond vous n’avez pas grand chose à faire.

Pour information : le droit de manifester jouit d’une reconnaissance constitutionnelle. Il a été consacré par le Conseil Constitutionnel, sur le fondement de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, en tant que « droit d’expression collective des idées et des opinions », et ne peut être limité qu’en prévention des atteintes à l’ordre public.

Voilà que Béchir, dans son article « Manifestation pro-Israël à Paris: soutenir cette cause, c’est ignoble. Il faut l’interdire », conteste une liberté constitutionnelle sous couvert de dispositions juridiques et « autres références » éparses. Le ton est péremptoire, pourtant la démonstration juridique n’est pas faite, faute de références normative et jurisprudentielle pertinentes et faute de raisonnement.

En bref – mais pas tant que ça – pour Béchir, présenté comme un étudiant témoin ou expert, qui donne son opinion, l’Etat d’Israël commet des crimes de guerre car « tout porte à croire », « tout le monde le sait, tout le monde le dit », donc « partant de ce principe », ceux qui participent à une manifestation en soutien à Israël font l’apologie de crimes de guerre, donc la manifestation devrait être interdite et de manière « automatique ». Cet article vaut son pesant de roquettes :

I. En premier lieu, on apprend qu’Israël commet des crimes de guerre. Sur quel fondement ? C’est écrit dans un « article de La Charte de Londres de 1946 pour les Procès de Nuremberg », soutient l’auteur sur le fondement d’un lien hypertexte vers Wikipédia. Quid des autres conventions et statuts ? Genève, La Haye, les Protocoles additionnels, les statuts et la Jurisprudence des Tribunaux pénaux internationaux, etc. ? Rien à foutre ! Probablement rien de pertinent sur Wikipédia ! Sur quelles preuves ? « Tout porte à croire (…), tout le monde le sait, tout le monde le dit ». L’auteur ajoute qu’il faut partir de ce principe. Ah, d’accord. Selon quelle procédure ? Néant. L’infraction est-elle qualifiée par la réunion des éléments légaux, matériels et moraux ? Euh… En réalité, Béchir, se borne à partir « de ce principe ». Le raisonnement juridique est établi à l’envers.

II. En deuxième lieu, puisqu’il faut partir « de ce principe », M. Béchir B. soutient que ceux qui appellent à une manifestation et y participent commettent l’infraction d’apologie de crime de guerre. A l’appui de la qualification du délit, l’auteur prétend se référer à une jurisprudence de la Haute-juridiction judiciaire, tandis que le lien hypertexte de « sa vérité » renvoie à un blog juridique sans rapport direct avec sa démonstration. Sur quel fondement ? Les éléments légal, matériel, moral sont-ils réunis ? Rien à foutre ! .

III. En troisième lieu, on apprend en conséquence que l’interdiction de manifester en soutien à Israël devrait être automatique. Heureusement qu’il est là, le démocrate imprégné du droit, pour défendre les libertés fondamentales. Car bien sûr, les restrictions aux libertés publiques devraient être automatiques dans notre Etat de droit ! En France, il n’est nul besoin de demander d’autorisation de manifester : une simple déclaration du lieu et des conditions de l’organisation de la manifestation suffit. Un arrêté d’interdiction de la manifestation peut être pris, par l’autorité administrative compétente, sur le fondement du décret du 23 octobre 1935, si deux conditions sont réunies : une présomption grave d’un réel danger de trouble à l’ordre public procédant de la manifestation projetée, et l’inexistence d’un autre moyen efficace pour maintenir l’ordre public. Dans ce cas… Ne devrait on pas plutôt interdire les manifestations anti Israël ? Pour information, toute personne publique qui a assisté à la manifestation peut attaquer ce vendeur de chez gap en diffamation parce qu’il affirme que vous y faites l’apologie de crimes de guerre. C’est ballot hein Béchir ? Et le nouvel observateur dans tout ça ?! Quelle est la responsabilité de ce journal dans la publication sur l’un de ses blogs d’un torchon qui contient des fautes, un avis qui n’a aucune raison d’être crié plus fort qu’un autre (parce que mon coiffeur aussi il a un avis si ça intéresse Le Monde) ? Il est vraiment grand temps que les médias prennent leurs responsabilités dans la diffusion de la haine. Il est temps que les community managers fassent leur travail et ne tolèrent pas qu’un écrivaillon tel Béchir puisse comparer dans les commentaires de l’article le Hamas et la résistance de 39/45.

Bref, il est temps que chacun fasse son travail : le nouvel obs un vrai travail de média, et Béchir au pliage de t-shirts. Nous exigeons du nouvel observateur qu’il retire l’article sans quoi nous aiderons chaque personne qui souhaite porter plainte contre lui pour diffamation dans ses démarches juridiques. Merci à l’aide de Sarah notre juriste, et Max notre observateur puissant et vigilant. 

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