Il semblerait que la presse française et internationale se soient réveillées. Tout ne serait pas blanc ou noir au Moyen-Orient…

Et oui…le combat contre le manichéisme dans un conflit aussi complexe que le conflit israélo-palestinien devrait être une obligation morale, dans un camp comme dans l’autre. Il est de notre devoir à tous de ne pas verser dans l’extrémisme le plus total en acceptant de facto les images qui nous sont envoyées par internet et les réseaux sociaux.

On pourra toujours critiquer “les médias officiels” sur leur partisanisme et l’orientation de l’information, mais le net de par son essence démocratique subit forcément les avatars de tout système non contrôlé par des filtres et barrières éthiques. On a depuis peu, compris le rôle d’internet, et des réseaux sociaux comme outil de soulèvement, de révolution, de rupture à l’aliénation étatique, mais il serait juste aussi de considérer son autre visage, celui de la perversité d’un moyen qui échappe à tout contrôle moral, et qui peut devenir tout aussi bien,  à tout moment un instrument d’oppression à l’intelligence et à la réflexion.

Oui le conflit israélo-palestinien n’épargne aucun des deux camps, oui il y a des morts à Gaza, et pas seulement des “terroristes”, mais aussi des femmes, des enfants, des personnes âgées, et des hommes et femmes comme vous et moi dont la seule aspiration est de vivre un jour en paix sans rien avoir à demander à personne.

Oui il y a aussi des morts et des blessés en Israël, des gens dont le quotidien est devenu un enfer. Nous sommes tous, habitants de Tel Aviv, de Jérusalem, du Sud, du Nord, et d’ailleurs soumis à la même peur que nous tentons d’enfouir en nous au quotidien, celle de disparaître dans un attentat ou sous le feu d’un missile, celle de ne jamais voir revenir nos enfants, ou ce qu’il en restera tout du moins.

Cette guerre, bien que l’une des moins meurtrières de toutes celles des conflits en cours (lire à ce sujet notre article sur “la surmédiatisation du conflit israélo-palestinien” …), n’en reste pas moins une guerre, et une guerre, c’est sale, c ‘est douloureux, et souvent injuste.

Pourtant, un jour, oui je dis bien un jour, il va falloir arrêter de se laver le cerveau, et de justifier une inclinaison trop facile, trop évidente, trop suave à se déculpabiliser à voir les victimes d’hier comme les bourreaux d’aujourd’hui.

Chaque jour qui passe je ne peux m’empêcher de lire des articles, lire des commentaires ici et là, dans la presse ou sur le net, qui visent sans cesse à stigmatiser et à tenter de justifier une pseudo distinction entre : israéliens, juifs, gouvernement, sionistes, sans finalement admettre que derrière ces mots, il y a un et un seul accusé la plupart du temps. On nous traite souvent de paranos, mais chacun de nous sentons que cette dernière barrière morale leur échappe parfois. Le « Vous » cache derrière lui tellement de sous-entendus et finalement aucun réellement. La confusion consciente ou inconsciente libère la parole, et généralise une attitude de moins en moins culpabilisée, presque libératrice d’un défoulement ou refoulement mental : la haine des juifs.

Pourtant, comme un sursaut, et de là où l’on s’y attendait le moins, la semaine dernière, un grand quotidien français, Libération a fait son boulot. Si on suit le journal tous les jours, une chose est sure, c’est qu’on ne pourra jamais le taxer d’être pro-israélien. Et pourtant, de manière objective, en lisant cet article, j’ai presque eu envie de pousser un « enfin, ça y’est… » de soulagement .

Enfin, des journalistes ne se donnent pas bonne conscience à ne relayer qu’une partie de la réalité, à jouer avec une audience déjà acquise et encline à s’étouffer d’émotion à chaque photo éprouvante qui lui est exposée.   Enfin, Ils ont vérifié, sourcé, et rétabli la vérité, celle sans qui dans l’obscurité de l’affect le plus total, « le peuple » continue comme un agneau à voir dans ce conflit un bon et un méchant, un David et un Goliath, une victime et un bourreau, un gentil et un salop, “un juif et un nazi”…

L’affaire a commencé il y a 10 jours. De nombreuses images ont été partagées sur les réseaux sociaux visant à dénoncer les frappes israéliennes. Images relayées par le  hashtag  #GazaUnderAttack . Ce dernier prend de plus en plus d’ampleur sur Twitter. Selon le site d’analyses Topsy, il a été utilisé plus d’1,1 million de fois ces sept derniers jours. Les internautes partagent des informations sur la situation et des photos prises sur le terrain. Il y en a des éprouvantes, montrant des cadavres d’enfants et personnes couvertes de sang, des femmes en pleurs, des populations réclamant justice pour leurs morts, etc. Les mêmes photos circulent, la même indignation gronde. 

Problème, aucune de ces images n’est issue du conflit israélo-palestinien actuel. Certaines datent de plusieurs années et ont été prises bien loin du lieu , notamment en Irak et en Syrie.

La plupart des internautes ont cédé à la même émotion : être « bien vu » : « Moi, moi, moi ! Suivez moi, aimez moi, citez moi, regardez moi, adulez moi. Regardez comme je suis cool, comme je considère que la guerre c’est mal, que le bonheur c’est bien. Suivez mon flux, « likez » mes photos et buvez mes propos. ».

Une seule envie, un seul besoin, l’envie de partager une information où l’émotion suscitée, et voilà qu’ils se retrouvent à retwitter plus vite que leur ombre, sans même s’interroger sur la véracité de leurs tweets ou l’origine des photographies publiées. Car, malheureusement, rien ne ressemble plus à une ville bombardée, qu’une autre ville bombardée.

Libération (repris par de nombreux médias) revient sur le hashtag #GazaUnderAttack et la désinformation qui en découle actuellement. Voici donc les photos les plus reprises ces jours-ci, attribuées donc toutes à la dévastation de l’opération de Tsahal ” Bordures Protectrices”, et qui sont au final liées aux conflits en Syrie ou en Irak…

661624-000_nic6343535

 BsI_HmICIAAePmo BsPrBDrCUAAiS_t (1)   BsQQ0WfIIAAFGeM Des civils se réfugient lors de tirs par Israël sur la bande de Gaza le 17 janvier 2009 (Mohammed Abed:AFP).

     Une petite fille après l’explosion d’une bombe à Alep (Syrie) le 25 juin 2014 (Khaled Khatib:AFP).

fausse-photo-palestine-qui-venait-de-syrie_4966761

download

1512445_10202754900302672_2032781115_n 1558606_404022979744333_1132153381_n


http://www.liberation.fr/monde/2014/07/09/gazaunderattack-la-desinformation-en-images_1060428

http://tempsreel.nouvelobs.com/vu-sur-le-web/20140711.OBS3511/israel-gaza-under-attack-ou-l-intox-en-images.html

http://www.hellocoton.fr/to/TyL4#http://www.journaldugeek.com/2014/07/10/gazaunderattack-desinformation-twitter/

http://www.hellocoton.fr/gazaunderattack-de-l-indignation-a-la-desinformation-13241654

http://www.pixelistes.fr/blog/quand-liberation-tacle-la-desinformation-sur-les-reseaux-sociaux/

http://www.lesobservateurs.ch/2014/07/10/desinformation-en-images/

http://ecolonews.blog.fr/2014/07/09/gazaunderattack-la-desinformation-en-images-18841676/

http://www.liberation.fr/monde/2014/07/09/gazaunderattack-la-desinformation-en-images_1060428

http://www.regionalpress.com/tn/2014/07/09/gazaunderattack-la-desinformation-en-images/

http://nanojv.wordpress.com/2014/07/07/bbc-trending/

http://www.infosud.org/GazaUnderAttack-la-desinformation,10696

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/israel-palestine-comment-eviter-les-intoxs_1558433.html

http://www.directmatin.fr/monde/2014-07-11/gazaunderattack-les-fausses-images-des-frappes-israeliennes-685280


(203)