Bardella applaudi à Jérusalem, mais qui pose les questions qui fâchent ? Bardella applaudi à Jérusalem, mais qui pose les questions qui fâchent ?

Bardella applaudi à Jérusalem, mais qui pose les questions qui fâchent ? (Episode 1)

À Jérusalem, Jordan Bardella déroule un discours calibré, rassurant, presque messianique. Ovations, selfies, slogans. Mais aucune question. Aucun échange. Derrière le vernis d’un RN new look, les vraies interrogations restent sans réponse. Et le silence, lui, fait beaucoup de bruit.
Bardella applaudi à Jérusalem, mais qui pose les questions qui fâchent ?

J’arrive à Jérusalem, en mode reporter, et déjà, ça cogne. Sécurité à bloc : flics partout, bagnoles blindées, un sas digne de Ben Gourion puissance dix. 

La conférence sur l’antisémitisme a déjà commencé depuis quelques heures, mais je ne suis venu que pour Bardella, programmé à 17h. J’ai quelques minutes de retard, et j’entre dans  une salle bondée. Journalistes, politiques, associatifs, ils sont tous là, pendus à ses lèvres, pendant que lui lâche des bombes de miel : 

  • « L’islamisme, c’est le totalitarisme du 21ème siècle. » 
  • « Depuis le 7 octobre, une lune de miel mortelle entre l’extrême gauche et les fanatiques islamistes. »
  •  « Je combattrai l’antisémitisme, qu’il vienne des islamistes, de l’extrême gauche ou de l’extrême droite. » 

Boum.

Et là, cette fin de phrase, c’est pas juste un uppercut, c’est une arme de destruction massive. Bardella sait exactement ce qu’il fait : un shortcut émotionnel taillé au scalpel, qui vise droit au cœur des Juifs de France. Dire ça, c’est planter un couteau dans le cadavre de l’ancien RN, celui de Jean-Marie Le Pen, des relents nauséabonds et des vieux démons. Une déflagration calculée pour faire voler en éclats les dernières résistances, et ça marche. Dans les témoignages qu’on chopera plus tard, cette phrase revient en boucle, comme un sésame : Amir la cite pour sceller la rupture, « c’est fini les fachos » ou « Il combat l’antisémitisme de partout, même de l’extrême droite. Cest fini l’antisémitisme, c’est une page tournée. » ; Mickael y voit « un gage de sincérité« . Ils attendaient ça pour baisser la garde, pour croire au miracle d’un RN lavé de son passé. 

Il sort encore quelques phrases bien amenées, et puis, c’est le coup de grâce : « Marine Le Pen, c’est le meilleur bouclier pour nos compatriotes juifs. » La foule réagit, une partie rugit, et certains se lèvent même,  et applaudissent…sous les yeux admiratifs d’un certain Meyer heureux d’être assis sur la scène à côté de Jordan. 

Sur place, ça jase. Amir, un gars dans la foule, est catégorique : « Il combat l’antisémitisme de partout, même de l’extrême droite. Le RN, c’est fini l’antisémitisme, c’est une page tournée. » Nili enfonce le clou : « L’islam conquérant, c’est notre ennemi commun. Bardella l’a pigé. » William lui, balaie le passé : « Jean-Marie Le Pen ? On s’en fout. L’islamisme, voilà le danger. » Ça sent l’espoir, la foi presque messianique en ce RN new look. Mais ça coince aussi pour d’autres. Muriel ne lâche pas l’affaire : « Le RN, c’est toujours le RN. Châtillon, Loustau, ces ombres-là, ils en sont où ? Et la circoncision, l’abattage rituel, ils en pensent quoi aujourd’hui ? » Dov renchérit : « Le discours est noble, mais s’il plie devant le Qatar une fois au pouvoir ? On a vu Sarkozy promettre le Kärcher et dealer avec les Frères musulmans. » 

Ce n’est donc pas juste un discours. C’est un séisme. Le Rassemblement National (RN), ce parti qu’on traînait dans la boue pour son passé nauséabond, est là, à Jérusalem, ovationné, pas par tout le monde, mais par du monde quand même. Une rupture ? Pas seulement. Une révolution. Un nouveau paradigme. 

La rencontre avec les français au Dan Panorama de Jérusalem : la foule en transe, les questions dans le vide

Quelques heures plus tard, je file au Dan Panorama à Jérusalem. 200 Français, peut-être plus, massés dans une salle vibrante d’énergie brute. Buffet, petites bouchées, ambiance presque festive. L’ancien boss de Frontex, Fabrice Leggeri, chauffe la salle, Louis Aliot en remet une couche. Puis c’est au tour de Bardella.

 Il parle du 7 octobre, du massacre de Nova, de Yad Vashem qui l’a profondément bouleversé et qu’il décrit comme une des journées les plus dures de sa vie…politique”. « Nous combattons la même idéologie », assène-t-il, liant les kibboutz dévastés au Bataclan, à Nice, à Charlie. Son intervention dure 15/20 mn à peine. Bardella n’endort pas son public. Bien au contraire, et à la fin, la salle rugit : « Bardella président ! » Ça hurle, ça s’agite, les portables crépitent pour un selfie, un autographe.

Les questions qui brûlent, sans réponse

Mais stop. Pas une question. Rien. Bardella balance son discours, émouvant, implacable, et puis… rideau. Il laisse délicieusement la foule faire fusion avec lui dans un bain d’autographes et de selfies, pendant que moi, avec ma liste de questions sous le bras, je reste planté comme un idiot. Pas de Q&A, pas de débat. Juste un show bien huilé…

Et c’est là que ça bloque, sévère. Parce que ces doutes, ces fissures ne datent pas d’hier. J’avais une liste de questions qui tapent là où ça (nous) fait mal, prêtes à être posées à Bardella. Mais rien, pas un créneau. Impossible pourtant d’abandonner. L’ampleur du phénomène est bien trop importante, les enjeux sont énormes, et on ne peut fermer les yeux sur le passé sans répondre à des interrogations encore présentes.  Je voulais me rabattre sur Julien Odoul, dont on m’avait donné le contact et qui avait accepté une interview, mais ça c’était avant la condamnation prononcée ce lundi 31 Mars. Dans l’épisode 2 de cette enquête vous découvrirez les questions que nous posons au RN et pour lesquelles nous attendons une réponse.

Y a quelqu’un ?

 

 

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